Ces traces qui vous pistent

Taper « cinémas » sur Google affiche les séances des films les plus proches de vous. Pratique, mais comment fait Google pour savoir où vous vous trouvez sans que vous n’ayez rentré à aucun moment votre position ? Le moteur de recherche puise dans les données de géolocalisation qui lui sont accessibles, et parmi elles, l’emplacement du point d’accès à l’Internet que vous utilisez, comme par exemple un répartiteur ADSL distant d’environ 500 m de vous en ville, un peu plus en milieu rural !
Et si vous le demandez, Google peut enregistrer l’historique de vos positions et vous restituer un historique… Où étiez-vous le 5 mars 2007, il est désormais possible de fournir une réponse précise à cette question…
Comment en est-on arrivé là ? Par l’ajout successif de fonctions mémorielles. Au départ, il s’agit toujours de simplifier la vie des utilisateurs, comme lorsqu’en 1996 les internautes découvrent les « cookies », petits fichiers chargés de se souvenir des préférences des utilisateurs, site par site. Utiles pour l’internaute, ainsi épargné de devoir renseigner les mêmes informations à chaque visite mais surtout utile pour le propriétaire du site, qui peut vérifier qui se connecte à son service et lui proposer un affichage personnalisé.
Les traces numériques laissées par chacun de nos gestes sont innombrables : recherches saisies, sites visités et préférés, appels passés depuis un téléphone fixe ou mobile, achats payés avec une carte bancaire, carte d’abonnement de transport en commun validé lorsque nous prenons le bus ou le tram…
Et ces traces s’étendent aux objets désormais, grâce aux puces RFID, qui peuvent identifier sur le réseau chaque objet de manière unique. Ainsi des chercheurs américains se sont amusés à « récupérer » les données que des baskets de haute-technologie transmettaient à chaque appui, en théorie seulement au propriétaire par l’intermédiaire de son baladeur numérique, pour les publier sur un site web public.

Deux libertés fondamentales

«Une entreprise de distribution a équipé tous ses camions de livraison de capteurs, explique Jacques Henno, journaliste et auteur du livre «Tous fichés», dans le but de s’assurer que ses chauffeurs ne déchargent pas sans être déclarés ni ne puissent récupérer un surplus d’essence.»
Pour chacun de nous, il existe un « double numérique », certes éparpillé sur différents serveurs, mais qu’un habile utilisateur peut reconstituer ou que la justice peut saisir. En 2007, sous la pression des associations de protection de la vie privée, Google a finalement rendu anonymes les données de connexion dont il disposait, à condition qu’elles datent de plus de 18 mois.
Avec l’inflation de telles données, grâce par exemple au positionnement GPS installé désormais sur tous les téléphones portables, la Commission nationale informatique et libertés (Cnil) s’est émue de leur utilisation et voudrait inscrire leur protection dans la Constitution car, précise le président de la Cnil, Alex Türk, ces données sont les avatars numériques de « deux libertés fondamentales, celles d’aller et de venir et la liberté de pensée et d’expression.»

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