Eugène Kaspersky : « Un passeport pour utiliser l’internet »

Vous avez proposé lors de conférence du Conseil de l’Europe que soit institué un contrôle sur les utilisateurs de l’internet. Une mesure aussi radicale est-elle vraiment nécessaire ?

- Le contrôle des utilisateurs d’un réseau n’est pas une mesure si étonnante que cela : les usagers des réseaux de transport sont contrôlés et tout le monde trouve ça normal. Énergies, routes, transports publics, quel que soit le réseau considéré, il y a des règles d’usage et une police correspondante.
Je propose que la même politique soit appliquée à l’internet. L’an dernier, nos laboratoires ont identifié 17 millions de nouveaux « malware » (terme générique désignant aussi bien des virus que des programmes d’intrusion ou espions) alors que nos infrastructures vitales sont de plus en plus dépendantes du réseau mondial. C’est un chiffre en augmentation exponentielle.
Nous avons essayé de sécuriser les ordinateurs mais c’est un échec. Des armées d’ordinateurs pilotés à distance continuent d’envoyer des milliards de « spams » (emails publicitaires non sollicités) chaque jour car les utilisateurs préféreront toujours un ordinateur simple et versatile à une plate-forme sûre mais bridée.
Tout part de l’utilisateur connecté à l’internet, c’est la base. C’est donc l’utilisateur qu’il faut contrôler, afin de connaître avec certitude l’identité des personnes derrière chaque action illégale effectuée sur le réseau. Une fois l’utilisateur connu, une police de l’internet devrait être créée pour enquêter.

Quels types de menaces font peser les cybercriminels ?

- Lorsque le « ver » (sorte de programme exécuté en tâche de fond sur les ordinateurs) Blaster s’est activé en août 2003, les mégapoles de l’est des États-Unis se sont retrouvées sans électricité. Cela devrait nous alerter sur la vulnérabilité de nos infrastructures face à une attaque massive, coordonnée et planifiée depuis un seul endroit mais exécutée depuis des millions d’ordinateurs disséminés sur la planète. Bien qu’il n’y ait pas de preuve qu’une organisation criminelle ou terroriste dispose d’une cellule spéciale dédiée à l’internet, il serait temps que les gouvernements prennent les cybermenaces au sérieux.

Quelles sont les tendances pour l’avenir de la sécurité informatique ?

- D’abord, la crise financière offre aux organisations criminelles des milliers d’ingénieurs informatiques au chômage, très bien formés… Or la cybercriminalité, du vol de numéros de cartes bancaires à l’envoi de virus en passant par l’espionnage à distance, est une industrie en croissance dont le « chiffre d’affaires» est estimé à plus de 100 milliards de dollars. Il est à craindre que des «malware » encore plus élaborés voient le jour prochainement alors que nous sommes déjà étonnés de constater le niveau de perfectionnement de certains virus diffusés aujourd’hui, capables par exemple d’échanger des données cryptées avec leur concepteur.

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