L’industrie musicale mérite de mourir

Alors qu’Hadopi est finalement adoptée en France, que partout les pressions exercées par les industriels de la musique sur les élus portent leurs fruits pour s’assurer que la diffusion des loisirs numériques suive des canaux bien identifiés et taxés, il existe des services qui innovent et tentent de trouver quels peuvent être les moyens pour les musiciens de se réconcilier avec leur public. L’un de ses services, c’est Spotify.

A la logique industrielle, qui consiste à  fourguer des CD dès que s’exprime une envie de musique dans un foyer, Spotify oppose la logique de l’Internet : puisque la musique est dématérialisée, assurons-nous qu’elle soit disponible au fil des envies, de manière immédiate, pratique et transparente. Contrairement à  Deezer ou Jiwa (ou même Lala), Spotify a besoin de s’installer sur les ordinateurs pour fonctionner mais la qualité et la réactivité sont au rendez-vous. Pour l’amoureux de musique, Spotify est un nirvana numérique : c’est l’accès instantané à  une banque de titres quasi-infinie, comme ça, hop, quand ça lui prend.

Eh bien croyez-vous qu’une telle innovation ait rencontré le soutien de l’industrie musicale ? Non point évidemment. Universal, EMI et consorts ont d’abord pris leurs distances vis-à -vis de Spotify, comme s’il s’agissait d’une nouvelle itération de Napster ou Kazaa. Les droits que doit payer Spotify coûtent plus chers que ceux payés par les radios FM, entre 0,4 et 1 cent de dollar par titre diffusé ! Ils sont même carrément prohibitifs pour les Etats-Unis, ce qui a contraint Spotify à  rester hors du continent américain jusqu’à  présent.

Du coup, Spotify n’est guère enclin à  se développer rapidement, comme l’a expliqué l’un des fondateurs sur son blog malgré une demande pressante des internautes, c’est-à -dire du public, de l’audience, quoi. Mais pfff, qui se soucie de l’audience ? L’industrie musicale reste arcboutée sur son modèle de distribution, qui prévoit des cessions de droits pays par pays, négociés label par labels… Un modèle très lourd, vorace en frais intermédiaires et totalement archaïque aujourd’hui, à  l’heure où les films et les morceaux de musique sont rendus disponibles sur l’Internet souvent même avant leur sortie officielle. Mais un modèle auquel s’accroche désespérément l’industrie musicale !

Ainsi par exemple, cette mésaventure qui m’est arrivée la semaine dernière. J’étais bien heureux d’écouter sur Spotify le premier album de Flight of the Conchord. Leur succès grandissant, ils ont changé de label à  l’occasion de leur second album, « I told you I was freaky», pour aller chez Sub Pop qui gère leurs droits pour France et le Royaume-Uni. Spotify n’ayant pas l’heur de plaire aux dirigeants de Sub Pop (ou whatever), l’accès à  ces titres a été coupé… Et le téléchargement des titres sur le site de Sub Pop depuis la France est interdit. Sub Pop peut donc s’enorgueillir d’avoir transformé les milliers de fans français et anglais de Flight of the Conchords en pirates, parce que « I told you I was freaky » se télécharge en cinq minutes, illégalement, partout sur l’Internet.

Qui peut sérieusement croire que les internautes amateurs de musique vont se bouger, aller jusqu’à  un magasin (bondé, faire la queue), débourser 15‚¬, à  condition qu’ils trouvent le CD, rentrer chez lui, pour finalement écouter ses titres favoris ? Dans quel monde vivent les penseurs aux commandes de l’industrie musicale ? Quand donc est-ce que l’industrie musicale comprendra qu’elle doit se transformer pour s’adapter à  un marché mondial et dématérialisé ? Même l’industrie des jeux vidéo est parvenue à  cette conclusion. De mon point de vue, puisque l’industrie musicale ne s’adapte pas et freine le développement des offres numériques légales, elle mérite de mourir. On écrasera tous une petite larme, et on pourra ensuite organiser une meilleure répartition des revenus entre musiciens et leurs audiences.

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    exact, pas une larme, au contraire, une tournée générale! cette industrie vole ses clients depuis des lustres sans jamais répercuter les progrès techno (diff de prix de revient entre un vynil et un CD est passée où?), prétend que les trucs téléchargés sont une perte de chiffre, alors qu'ils ne seraient juste pas vendus, et ne propose du téléchargement payant que parce des petits l'ont fait bien avant ; et encore, en profitant d'un taux de change de voleur (voir diff de prix en itunes US et Europe!).