Je hais les DJs

C’est encore arrivé, vendredi soir et samedi soir. Nous étions à  une soirée, il y avait un DJ et on s’était dit: « chouette, on va pouvoir danser. »

Mais j’avais oublié que les DJs ne sont pas là  pour faire danser les gens.

Je hais les DJs.

Ils trahissent leur audience, ils font naître de faux espoirs.

Non, les DJs ne sont pas là  pour faire danser les gens. Les DJs sont des mélomanes, des virtuoses de la galette, des puits de science mélodique, des bibliothèques de références musicales mais ce ne sont pas de vulgaires animateurs de soirées. à‡a, vous comprenez, c’est beaucoup trop vulgaire.

Les DJs ne sont pas aux potentiomètres pour faire danser les gens, non, ils sont là  pour les « éduquer ». Le DJ s’adresse en priorité aux autres DJs présents dans la salle. Son but est de montrer à  ces loosers -qui ne sont que sur le « dance-floor » et pas aux « turning-tables »- la dernière trouvaille indépendante / underground / vintage / bootleg / EP que seul un vrai bon DJ peut dénicher. Et tant pis si ce n’est pas dansant, l’important c’est la rareté.

Je hais les DJs, qui sont perfides en plus. Parce qu’en professionnels de la musique, ils connaissent le pouvoir du rythme (on dit « rythm’ powah »), ils s’en servent. Lorsque le dance-floor est logiquement vide, paf, ils lancent un morceau dansant -autant dire primaire à  leurs oreilles- et voilà  que la piste se peuple. Et une fois qu’ils ont leur petite foule, captive, commence l’éducation musicale, leur vraie raison de vivre, à  coups de morceaux certes originaux mais pénibles.

Je hais les DJ, ces snobs. Aucun DJ digne de ce nom ne peut diffuser « Alexandrie Alexandra » lors d’une soirée. Ce serait le succès absolu et garanti sur la piste mais une tche indélébile sur sa « rèp » (car les DJ, tels les rappeurs et autre street-machins ont leur rèp’ à  protéger). Un DJ qui en viendrait à  passer Claude François pour remplir son dance-floor serait immédiatement la risée de la communauté des DJs (la « DJosphère », comme on dit dans les milieux hyper-branchés), ils ne pourrait plus se promener autour des boites à  la mode avec l’air fier du gars capable de sortir un bootleg du fin fond de la scène hype du Japon…

Je hais les DJs, ces prétentieux qui croient savoir ce qui est bon pour tes oreilles. Lorsque, cédant aux suppliques d’une foule, mélomane à  ses heures mais qui là  maintenant ce soir voudrait juste s’amuser, ils consentent à  diffuser un morceau un brin connu, un peu ancien, c’est à  la condition expresse de tellement le triturer aux potentiomètres qu’il en perd tout son pouvoir dansant (le fameux rythm’ powah). Et devant la foule décontenancée à  juste titre, le DJ peut alors ricaner l’air de dire « je vous l’avais bien dit, maintenant permettez-moi de vous soumettre ce titre d’une nouvelle bande de Brooklyn »…

Je hais les DJs. Faisons la fête sans eux.

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