Aaaaah cette formidable société de l’information ! Que ne nous permet-elle pas ? Voilà qu’on nous promet aujourd’hui de nous sentir plus en sécurité grce à l’information, ou en tout cas, d’être en mesure de nous garder des rues mal famées… Depuis le 29 avril, le très officiel Observatoire national de la délinquance a lancé le site Cartocrime, dont le but est de rendre publiques, grce à des cartes, les données concernant la délinquance.
Des sites similaires existent depuis 1994 aux Etats-Unis, notamment depuis les «lois de Megan» appliquées au gré des Etats et qui permettent aux voisins d’être informés si une personne ayant été condamnée pour des abus sexuels réside dans leur quartier.
Vous allez dire que je vois le mal partout, que CartoCrime n’est en rien similaire aux sites américains, tel Family Watchdog car d’une part, CartoCrime n’est pas nominatif et d’autre part, l’échelle de recherche s’arrête au niveau du département, impossible de connaître les statistiques de la délinquance pour une ville, encore moins un quartier…
Ok, bon, peut-être que je surréagis. D’ailleurs le sociologue spécialiste des statistiques sur la délinquance Christian Mouhanna a bien montré, dans Mediapart, les limites de CartoCrime. Que dire de ces statistiques qui ne comptent que les faits déclarés par exemple ?
Mais tout cela me laisse un goût amer. Parce qu’au même moment, on constate que la police alimente une douzaine de fichiers en toute illégalité, que nos passeports sont devenus biométriques et qu’on parle d’instaurer en France les statistiques ethniques…
Tout doucement, étape par étapes, s’accomplit la numérisation de notre société. Et des sites comme CartoCrime sont les nouveaux miroirs.