Médias aux ordres, un exemple

Chers lecteurs, vous le savez, ce blog n’est pas un ego-blog et ne traite pas de ma petite personne. Mais il faut quand même que je vous raconte l’hallucinante opération de police dont j’ai été témoin, et acteur, lundi soir à  Strasbourg. Lire le reste de cet article »

La vaine rébellion des forçats (de l’info)

Oyez !!! Oyez !!! Le Monde, journal de référence, daigne s’intéresser céans au sort des miséreux (de l’info) que sont les journalistes du web. Or donc, il a été loisible à  Sa Seigneurie Xavier Ternisien d’ouà¯r les complaintes et les doléances de ces confrères, que les revers de la providence ont tenu éloignés des devoirs et mérites d’ordinaire réservés à  cette noble profession. Oncques ne vit situation plus précaire, Sa Seigneurie en a été émue et a publié un libelle intitulé « Les forçats de l’info« . Lire le reste de cet article »

Une question de principe…

Bon, alors voilà  l’histoire: MediaPart se retrouve dans la panade judiciaire à  cause d’une série d’enquêtes sur les Caisses d’Epargne. Laurent Mauduit, journaliste de MediaPart, a notamment publié plusieurs « scoops » (je mets des guillemets parce que ce sont des informations exclusives, certes, mais que personne n’a repris. Ce silence des médias n’étonne plus MediaPart depuis quelque temps déjà ) sur les honoraires de François Pérol, sur la préparation de la fusion avec Natixis, etc. Lire le reste de cet article »

Le multimédia, ça paie pas*

Je ne sais pas si vous avez déjà  e-croisé le web-reportage sur « Les routes de la faim en Haà¯ti » ? En trois chapîtres illustrés de vidéos, photos et textes accumulées pendant trois semaines de reportages sur place, les auteurs, Jean Abbiateci aux mots et Julien Tack aux images, proposent aux internautes un voyage qui croise ceux que réalisent, contraints, des milliers d’Haà¯tiens, poussés par la misère des champs vers la ville. Enfin la ville… un dépotoir infini dont les passages entre les tas d’ordures forment les rues.

Jean Abbiateci et Julien Tack ont vraiment bien bossé, leur travail est remarquable à  plus d’un titre. Encore, ce ne serait que mon opinion, vous auriez le droit cher lecteur d’en douter, si si, vous pouvez douter de mes opinions (et même d’exprimer vos doutes dans les commentaires), mais sachez que pour une fois, j’ai l’establishment du journalisme avec moi: à  savoir Le Monde, ancien quotidien de référence et MédiaPart, nouveau quotidien de référence…

Eh bien sachez que même munis de ces nobles références, ce web-reportage n’a pas trouvé preneur, personne dans l’univers e-médiatique français ne l’a acheté. Jean Abbiateci et Julien Tack ont financé leurs reportages par… des ONG et quelques piges dans la presse écrite. La bonne surprise viendra finalement de Témoignage Chrétien, qui a consacré quatre pages à  ce dramatique exode rural.

«Je savais très bien que personne en France n’assumerait à  sa juste valeur ce web-reportage, m’a expliqué au téléphone Jean Abbiateci. Trois semaines d’enquête, plus quinze jours d’édition pour le montage et la création des cartes… Soit disons autour de 5000‚¬, un tarif hors de portée des médias en ligne. Mais je tenais à  la publier en l’état car la version multimédia du reportage, accouplé au blog que nous tenions alors que nous étions sur place, a fondamentalement changé notre pratique du journalisme.»

Bien que les sujets de presse écrite et commandés ont dicté la plupart des déplacements, la petite équipe s’est pliée aux contraintes du «multimedia storytelling»: «Ce qui m’a plus, c’est cette démarche de « média total », nous pouvions publier la somme considérable d’informations que nous avons collectée pendant trois semaines… Nous n’avions plus à  choisir quoi sacrifier pour faire tenir ce reportage dans 2500 signes de textes. Et puis surtout, nous étions à  l’écoute des commentaires des internautes sur notre blog, qui a enregistré plus de 1000 visites, et nous tchions d’y répondre. On nous a ainsi demandé plus d’informations sur les « galettes d’argile », nous nous sommes renseignés et nous y avons répondu. Ces allers-retours nourrissent une curiosité mutuelle entre journalistes et internautes».

Une curiosité, une remise en question permanente, dont l’effet le plus visible est d’améliorer grandement la qualité du produit fini. Cette forme de journalisme, à  la fois « totale » comme dit Jean Abbiateci et « interactive » est probablement ce qui se rapproche le plus de ce que les internautes demandent aujourd’hui à  leurs médias. Il n’y a qu’à  voir les succès des opérations où un flux d’informations est couplé à  un retour de l’audience, comme l’investiture d’Obama par CNN / FaceBook pour s’en convaincre, même TF1 va s’y mettre…

«Il y a quelque chose à  inventer, reprend Jean Abbiateci. Toute une génération de reporters partent à  leurs frais et sont capables de produire de tels sujets, ça ne durera pas éternellement. Moi en tout cas, j’ai donné. Si sur l’exode rural en Haà¯ti, un millier de personnes nous ont suivi, il y a forcément des modèles économiques à  trouver sur des sujets plus fédérateurs et plus ancrés dans l’actualité. La qualité paie sur le web, comme elle paie sur le papier avec l’exemple de XXI

Et donc voilà  bien le problème: on a les internautes, dont on connaît depuis quelques années maintenant les exigences en termes de qualité de l’information, on a les journalistes… Il manque les médias. L’exemple de Jean Abbiateci et Julien Tack nous a montré que nous manquons en France de médias courageux, solides, inventifs, participatifs et capables de proposer, régulièrement, de tels sujets à  leurs internautes.

(*) oui, je manque peut-être d’imagination pour mes titres, mais en même temps, ça évoque une tendance, non ?

Un sommet international, ça vous soude une rédaction

Chers lecteurs vous le savez, ce blog n’a pas vocation à  parler des DNA ni de sa stratégie multimédia (ou plutôt de son absence). Mais je vais faire une exception et vous présenter ce que le journal qui m’emploie a mis en place dans le cadre du funeste Sommet de l’Otan, qui s’est déroulé en partie à  Strasbourg début avril parce que, d’une part, ce fût innovant et d’autre part, une série de pratiques théorisées à  longueurs de billets ici-même et dans toute la blogosphère traitant des nouveaux médias ont pour une fois été mis en Å“uvre lors de cette semaine mouvementée. Je serais plus à  l’aise pour en parler si ce sommet s’était déroulé à  Bordeaux ou à  Marseille, mais bon, c’était à  Strasbourg, on ne va pas bouder son plaisir non plus…

Or donc, mon éminent collègue Matthieu Mondoloni, constatant l’inadéquation de nos moyens de publication en ligne face à  un événement de cette ampleur, a eu l’idée de créer un site spécial «Sommet de l’Otan à  Strasbourg», dont l’ambition était de centraliser toute l’information sur cet événement, qu’elle provienne du programme officiel, des militants engagés pour la paix et contre l’Otan, ainsi que les innombrables échos qu’une manifestation de ce genre génère dans une ville comme Strasbourg. L’autre pilier de ce site était de fournir des informations «en temps réel», via Twitter, afin d’être les premiers à  publier des développements, des échos, des annonces, etc. Bref, l’idée était à  la fois d’être exhaustif et réactif puisque nous étions sur notre terrain et que ce n’était pas la présence annoncée de quelque 4000 journalistes internationaux qui allait nous faire peur !

Aux DNA, une vingtaine de journalistes environ ont travaillé sur le sommet de l’Otan, ce qui faisait de notre marque potentiellement le média le plus à  même de couvrir complètement le sommet, on était probablement plus nombreux même que l’AFP, laquelle avait mobilisé 18 journalistes pour l’événement. Mais ceux qui connaissent les médias disons «établis» savent qu’au sein d’une rédaction comme celle des DNA, il existe des frontières, parfois très étanches, entre les services et certains journalistes et que ce n’est pas parce qu’une vingtaine de journalistes travaillent sur un événement que la combinaison de leurs contributions respectives produira mécaniquement une information complète et rapidement publiée.

Grce à  l’aide d’Orange, nous avons équipé quelques reporters de la rédaction locale de Strasbourg de téléphones multimédia, du type Nokia N95, capables d’enregistrer des vidéos et de publier des brèves sur Twitter, donc directement sur le site. L’idée était de multiplier les points de captage de l’information, la rédaction multimédia se réservant la réception de ces informations et leur mise en page, ainsi que les sujets vidéos prévisibles.

Cette organisation a été un désastre.

D’abord, les reporters témoins d’événements sur le terrain n’ont pas relayé les informations. Ils étaient évidemment trop occupés à  faire leur travail, à  savoir capter cette information pour le journal papier. Au moment où se déroule un événement, lancer le mini navigateur du Nokia, se connecter sur Twitter, écrire la brève avec le clavier du téléphone était inimaginable et même capter une vidéo et l’envoyer était compliqué. Malgré nos efforts, les rédactions «print» et «web» restaient séparées.

Du coup, nous avons changé notre fusil d’épaule et nous avons mis en place une autre organisation: tous les reporters sur le terrain devraient dorénavant systématiquement appeler au téléphone un «deskeur multimédia», lequel écrirait les brèves Twitter, mettrait à  jour les papiers en ligne en cÅ“ur de page et enverrait les journalistes multimédia tourner des vidéos au besoin.

A partir de là , le site spécial des DNA est devenu l’endroit du web où toute l’information sur ce sommet était publiée, avant tout le monde.

Pourquoi cette seconde organisation a fonctionné ? D’abord parce qu’elle faisait sens. Si je mets à  part les (vieux) grincheux qui considèrent que travailler pour le web n’est pas vraiment du journalisme, la majorité des journalistes mobilisés pour le Sommet avaient plutôt envie de collaborer au site web spécial mais pas si cela mettait en péril leurs propres capacités à  écrire leurs articles. Dans les conditions extrêmes vécues pendant ces journées (des policiers nerveux partout, des groupes mobiles à  suivre en permanence, des actus à  ne pas rater, etc), écrire une brève c’était trop, mais passer un coup de fil était acceptable. La charge principale du travail étant en fait supportée par le «deskeur multimédia» (lequel a bien cru devenir fou lorsque tous ses téléphones sonnaient en permanence) et non par le reporter qui pouvait rester concentré sur le déroulé des événements.

Ensuite, cette coordination a permis aux journalistes multimédia (dont votre serviteur) de travailler en équipe avec les journalistes du papier, les premiers pouvant se concentrer sur la prise d’images, les seconds pouvant se passer de «voir» les événements et tenter d’obtenir des informations précises ou de contexte.

Au final, j’ai la prétention et l’immodestie de dire que le service rendu à  nos lecteurs, sur le web et sur papier, a été d’excellente qualité, ce qui s’est vérifié dans les chiffres de consultation du site (850 000 pages vues, 190 000 visiteurs uniques), dans la vente au numéro (les DNA étaient indisponibles dans beaucoup de kiosques strasbourgeois dès 10h du matin mais on a pas encore de chiffres validés) et dans les commentaires que nous avons reçus.

Mais surtout ces quelques jours d’intense actualité ont permis de démontrer qu’un média peut être global et ne perdre aucun lecteur, qu’un même média peut publier la même information plusieurs fois et ne perdre aucun abonné, pour autant que cette information atteigne sa cible au bon moment (la brève en temps réel, les infos de la journée, le récapitulatif des événements de la veille et les réactions, etc.)… Bref, qu’une seule rédaction peut produire de l’information pour des formes de publication différentes, sans se cannibaliser bien au contraire, en bénéficiant de ces traitements différents.