Michel Lucas: « Quand on me parle de mutualisation, je me marre »

Michel Lucas, le président du Crédit Mutuel, était très attendu ce matin aux DNA pour son premier passage dans l’entreprise qu’il rachète. Depuis plus d’un an, le Crédit Mutuel est présent à tous les étages (informatique, logistique, achats…) et dans toutes les discussions depuis que Gérard Lignac, l’ancien président du groupe Est-Républicain (dont les DNA sont une filiale), s’est retrouvé contraint de vendre ses parts au Crédit Mutuel. Je vous passe l’historique, il est disponible ici et ici, mais en gros, le Crédit Mutuel a constitué un groupe de huit quotidiens presse régionale qui s’étend du Vaucluse à la Moselle.

Comme à son habitude, Michel Lucas a refusé de préciser la stratégie du Crédit Mutuel pour la presse, laissant libre cours aux informations de seconde main et aux suppositions (dont les miennes, à lire ici), préférant resservir son discours de chevalier blanc: « Au départ, il n’y avait pas de stratégie du Crédit Mutuel pour la presse régionale. La question des rachats s’est posée à partir du moment où il y avait un risque de départ des sièges de ces sociétés à l’étranger. » Michel Lucas a rappelé qu’en tant qu’entreprise « non-capitalistique, le Crédit Mutuel n’avait jamais demandé de dividendes aux journaux qu’il a racheté » mais aussi qu’une « entreprise de presse ne vit que sur son compte d’exploitation, et c’est là dessus qu’on travaillera ». Bon, le Crédit Mutuel est l’actionnaire principal depuis des dizaines d’années de L’Alsace et du Républicain Lorrain, et je n’ai guère entendu les journalistes de ces titres se plaindre directement de leur actionnaire principal, ce qui est plutôt rassurant.

Michel Lucas a précisé le calendrier de cession, qui devrait être effective dans les deux mois. Au premier octobre donc, les Dernières Nouvelles d’Alsace deviendront la propriété du groupe Crédit Mutuel, ce qui provoquera une clause de cession et le départ volontaire probable de nombreux journalistes. Une chance pour les anciens (qui partent avec un gros chèque et des vacances jusqu’à la retraite), une chance pour les nouveaux (qui profitent des postes laissés vacants). Entre les deux, c’est pas d’bol évidemment. Là encore, Michel Lucas a refusé de préciser quelle serait la politique de recrutement aux DNA, à savoir si les départs seront effectivement compensés par des embauches. Je manque de chiffres précis, mais il me semble qu’au Dauphiné Libéré, précédente clause de cession au sein du groupe, les effectifs de la rédaction ont quasiment retrouvé leur niveau d’avant la clause (voir le commentaire de Clémence ci-dessous).

Michel Lucas a eu des propos sur le processus de cession que je n’ai pas bien compris: « Jamais le Crédit Mutuel n’a été engagé dans une négociation de cession sous l’Autorité de la concurrence. Nous avons toujours gardé notre liberté, pour pouvoir nous désengager le cas échéant. Il est important de l’avoir à l’esprit pour la suite. » Chacun y trouvera là la confirmation de ses doutes ou de ses espoirs j’imagine… J’attends vos interprétations en commentaires.

Interrogé par votre serviteur sur sa stratégie éditoriale, là encore, Michel Lucas est resté vague mais après avoir indiqué que « L’affaire DSK est née par des moyens non presse-écrite », il a expliqué qu’au vu des résultats en baisse de la publicité, « la relance éditoriale passera par des conquêtes d’un lectorat en dehors du papier ». Ce n’est pas un scoop pour vous chers lecteurs, mais dans la bouche d’un dirigeant de presse, s’exprimant devant des dirigeants de la rédaction, ça fait plaisir à entendre. Même si évidemment, sceptique incurable comme je suis, j’attends de voir.

Enfin, sur la mutualisation crainte des contenus (notamment entre L’Alsace et les DNA, concurrents historiques et désormais contrôlés par le même actionnaire), Michel Lucas a d’abord répondu par une boutade qu’il affectionne: « Quand j’entends parler de mutualisation, je me marre. Je suis du Crédit Mutuel, la mutualisation, ça me connaît ! » Avant de préciser: « Je raisonne plutôt en terme de valeur ajoutée des journalistes. »

Disclaimer: En tant que salarié des DNA, je ne peux prendre position publiquement sur la stratégie du Crédit Mutuel, mon futur employeur.

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  • Clémence Lena

    Bonjour, effectivement au Dauphiné Libéré, on a eu autant d’embauches que de départs en clause, soit une trentaine en tout. Mais je crois que ça n’a pas été le cas dans tous les titres du groupe EBRA, comme le Progrès par exemple. A vérifier…

  • http://www.pierrefrance.com/onestmal Pierre

    Merci Clémence pour cette précision, j’édite le texte principal.

  • Esocide

    Lucas la mutualisation il connait !
    Oui effectivement il mutualise même une partie du milieu judiciaire afin de protéger le Crédit Mutuel de toute action  judiciaire.
    sont ainsi mutualisés un grand nombre d’avocats, notaires et autres professionnels de professions réglementées.