Quel est le média de l’immédiat ?

Je ne sais pas comment a été ressenti le passage de Sébastien Loeb dans le reste de la France lors du World Rally Championship (WRC) fin septembre, mais ici, en Alsace, sur « sa terre natale », ce fût un événement incontournable, un moment de liesse populaire que certains ont comparé à l’issue de la coupe du monde de football en 1998. Bref, c’était l’émeute, pire qu’un concert de Johnny Hallyday, du lourd.

A cette occasion, les DNA ont tenté de mettre en place une rédaction bi-média. L’idée était notamment de mettre en commun les ressources de la rédaction multimédia (deux journalistes dont ma pomme) et celle des sports, afin de publier des sujets print et web en fonction des événements et de tenir un compte-rendu en direct des épreuves, le tout devant être alimenté par nos journalistes et correspondants situés aux quatre coins de l’Alsace. L’ambition était d’être le média numéro 1 du rallye, un peu comme lors du sommet de l’Otan en 2009, avec un site spécial dédié à l’événement

Une proto-rédaction bi-média au pas de course

Belle idée, mais nous sommes passés à côté. Le média numéro 1 du rallye a été France Bleu Alsace, dont l’antenne régionale, mobilisée à 100%, a nourri d’informations et de témoignages tous les fans du rallye et même ceux qui n’y entendaient goutte avant « l’assaut des bolides sur les contreforts des Vosges » (dixit Olivier Vogel).

Pourquoi cet échec ?

D’abord parce que dans l’esprit des confrères de la presse écrite, l’immédiat, ça n’existe pas. L’exigence d’une publication des infos en temps réel passe après la récupération de toutes les infos, la nécessité de publier une photo dès le départ doit attendre que le photographe ait réalisé toutes ses photos, etc. Bref, le web passe après le print et tant pis pour l’immédiat.

Du côté de la radio, l’immédiat est inscrit dans le code génétique des journalistes. Lors de ce week-end, peu importait le moment, les journalistes de France Bleu Alsace se sont rués sur les pilotes dès leurs arrivées et commentaient en direct ce qu’ils voyaient, même s’il ne se passait pas grand chose (« on attend les coureurs », etc). Le résultat était que les auditeurs avaient l’impression de « vivre » le rallye, ils y étaient.

Ensuite, vient le côté technique. Là où la radio ne dépend que du téléphone, le multimédia a besoin de réseaux 3G libres, de batteries performantes et d’un équipement de prise d’images et d’envoi adapté. Et autant à Strasbourg lors du sommet de l’Otan, on a pu envoyer des images depuis le port du Rhin, autant depuis les vignes traversées par les bolides, c’était nettement plus compliqué (c’était impossible en fait). Les assurances d’Orange sur le renforcement des points d’accès au réseau n’étaient que des lettres mortes.

Même au niveau de l’organisation, la radio avait une structure mieux adaptée que la nôtre. Les animateurs ont distribué la parole au gré des besoins. De notre côté, je me suis rendu compte qu’à chaque contenu envoyé aurait dû correspondre un deskeur pour la traiter et un autre chargé du tri et de la hiérarchisation. Faute de quoi, les infos bouchonnent avant de pouvoir être mises en ligne… et c’est ce qui nous est arrivé chaque soir à l’issue des épreuves spéciales.

Enfin et surtout, la radio est encore un média bien plus transportable que le web. Les tablettes et les smartphones oeuvrent beaucoup pour une mobilité des informations multimédia mais ils sont encore loin derrière le transistor branché sur la FM… Ce qui fait que même parmi les spectateurs au bord des routes se trouvaient des auditeurs de France Bleu Alsace !

On le voit, lors de cet évènement, l’info en multimédia a reçu une leçon d’humilité de la part d’un vieux média. Malgré tout, ce fut une expérience riche en enseignements et un grand moment pour la rédaction puisque, pour une fois, les équipes web et print ont travaillé ensemble. C’est déjà notable et puis… On reviendra.

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  • Phil

    Si je résume:
    - un problème culturel
    - un problème technique
    - un problème de gestion du flux de l’info
    Pfffff… Comment s’appelle ton blog encore ? :-)

  • Brassoad

    Peut-être aussi (mais chut!, c’est un secret) que France Bleu, pour avoir autant de réactivité, est allée piochée sur votre site les infos qui lui manquaient. Je le sais pour le pratiquer tous les jours avec le quotidien dans lequel je travaille, dans le sud de la France, où FB ne se gêne pas pour reprendre nos infos sans nous citer… et prépare son flash avec notre site internet.

  • http://www.pierrefrance.com/onestmal Pierre

    La reprise d’infos d’un média vers l’autre n’est guère un secret… ;-) C’est de bonne guerre et pas seulement pendant les temps forts, et ça marche dans tous les sens je crois… La différence se faisant sur les moyens: un quotidien de PQR comme les DNA, 200 journalistes contre la douzaine de FB Alsace… Donc j’espère bien qu’ils nous suivent plus que l’inverse ! Héhé. Mais sur le Rallye, toute la rédaction et tous les animateurs étaient dessus, donc ils étaient plus souvent devant à mon avis.

  • http://www.pierrefrance.com/onestmal Pierre

    Ne me dis pas que tu me trouve fataliste ! :-) Il y a de l’espoir en moi… Enfin je crois. Euh, j’espère. Hummm.

  • Bap

    euh, pour très bien connaître le réseau, je me permet un léger bémol. Si effectivement il arrive que les journaux de PQR soient des alertes pour les locales de France Bleu, les infos sont vérifiées avant d’être données à l’antenne. (en tous cas il faut le souhaiter). Après heureusement que la PQR ( des dizaines de journalistes au bas mot) sort des infos que les locales de radio France n’ont pas (10 journalistes en moyenne).

  • Bap

    Je ne peux que me réjouir, applaudir et souscrire à ton analyse Pierre, avec toutefois un léger bémol. La radio, et notamment les locales de radio France, ne se rendent pas compte qu’elles sont en train de se faire déborder (à la marge pour le moment) par les réseaux sociaux. Ou elles ne l’acceptent pas.

    Alors oui pour l’instant sur les routes des Vosges peu couvertes par la 3G, c’est encore plus pratique d’écouter un transistor. Mais pour combien de temps?

  • Bielka

    Analyse très fine (sans fatalisme, va) des faiblesses du multimédia en 2010. Reste l’option bricolage : tu donnes les news par téléphone au desk multimédia resté au siège. Et pour les photos et les vidéos, tu n’envoies que des fichiers bruts (smarphone) qui seront traités au siège.
    Et si vraiment, rien ne passe, tu peux toujours utiliser les ressources humaines de ta super rédaction pour trouver un boy (ou une girl) qui veut bien faire la navette entre le site et l’agence la plus proche avec des cartes mémoires pleines d’images (brutes là-aussi). Il y a un petit décalage entre l’info et l’image, mais au final ça peut faire un contenu correct. Mais il faut un puni qui ne fait que cela au desk multimédia ce jour-là.

  • http://www.pierrefrance.com/onestmal Pierre

    @Bap: c’est ton truc le léger bémol dis moi ! :-) Précision bien venue, reste qu’en l’espèce, on voit bien tout l’intérêt d’une chaîne de production / diffusion des infos aussi fluide que possible.

    @Bielka: Même envoyer des fichiers bruts, c’est une galère sans nom quand des milliers de quidam squattent les 3 octets de bande-passante ! :-) Mais sinon, je suis bien convaincu qu’une production web efficace résulte d’une organisation production-desk ad hoc.

  • http://www.myconseils.fr/?p=80 Radio contre Internet: qui est le plus réactif? « MYConseils

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