Je m’étais déplacé à Lille pour les premières Assises du journalisme. Quelle n’a pas été ma satisfaction d’apprendre que, pour leur 3e édition, les Assises venaient à Strasbourg ! Chez moi, quoi, limite dans mon salon !
En tant que régional de l’étape, j’ai été invité à participer à plusieurs ateliers : les nouvelles formes du photojournalisme, l’information sur le web et la formation au multimédia. J’ai distillé au fur et à mesure de ces rencontres les thèmes et idées qui me sont chères quant au métier et à ses mutations, et que vous connaissez par cœur en tant que fidèles lecteurs de ce blog.
Et bien qu’il ait été noté, ici ou là, une participation plus importante que lors des précédentes éditions, je n’ai pas pu m’empêcher de me répéter une question : où étaient les journalistes ?
Nan mais, entendons-nous bien, des journalistes, il y en avait… parmi les intervenants. Parmi les participants en revanche, il était déjà nettement plus rare de croiser des collègues, de simples collègues comme votre serviteur, dont la pratique du journalisme est l’activité principale. Il y avait des étudiants en journalisme, heureusement qu’ils étaient là –on peut lire leurs compte-rendus ici et là-, des enseignants, des consultants et divers autres professions en lien avec l’information, mais des journalistes de base, des pratiquants, point*.
Je m’étais déjà fait cette réflexion à l’issue des premières Assises. Visiblement, le syndrome perdure. Pourquoi est-ce que notre profession boude ce rendez-vous ? Un collègue s’est laissé aller à ce commentaire –public- sur FaceBook : « J’ai le sentiment que notre profession se regarde le nombril. Il ne ressortira rien de ces Assises, comme des éditions précédentes. Ça me fait toujours mal de voir des journalistes écrire sur leur propre métier, ça tourne en rond. »
Ce genre de réflexion me déprime. D’autant plus que j’ai le sentiment qu’elle est partagée par de nombreux collègues. Mais je ne parviens pas à me l’expliquer. De toutes les professions, le journalisme serait la seule qui ne devrait pas se retrouver pour réfléchir sur la pratique du métier ? Dans ces conditions, il ne faut pas s’étonner que d’autres réfléchissent à notre place sur le journalisme et les médias…
Quant à « rien ne ressortira des Assises », fort probable mais enfin, est-ce le but ? Ces rencontres permettent d’abord de réfléchir et de confronter sa pratique à celle des autres, c’est de la formation continue en somme. Réfléchir, formation, ce sont des gros mots en journalisme ?
Non c’est sûr, le mieux est de continuer la tête baissée sur le guidon, à produire des informations que plus personne ne veut lire, à couvrir des manifestations dont tout le monde se fout… Il faut s’emmurer et continuer à inonder les kiosques de papiers subventionnés jusqu’au ridicule, jusqu’à ce que mort (des derniers lecteurs) s’en suive. Réfléchir sur le métier, mais enfin pourquoi faire, vraiment !
Brrr.
Alors certes, je comprends que les collègues soient réticents à l’idée de consacrer quelques journées de congés durement gagnées à réfléchir sur l’avenir du journalisme… D’une part peu d’entre eux sont en situation de pouvoir effectivement faire évoluer leurs pratiques et d’autre part, la vaste majorité des débats et ateliers proposaient des thématiques qui ne pouvaient qu’être survolées en quelques heures… Peut-être faudrait-il proposer des ateliers plus pratiques, comme au Québec, où la profession se retrouve tous les ans au congrès de la FPJQ. A ce qu’on m’a dit, les journalistes s’y rendent « en masse ».
Le public était également l’autre grand absent de ces Assises mais en plaçant les débats au Conseil de l’Europe, et sans aucun soutien de la presse alsacienne, le contraire aurait été surprenant.
La volonté de Jérôme Bouvier est de réconcilier les journalistes et leur public. Et franchement c’est urgent. Mais sans journaliste, et sans public, ce sera difficile !
* Ou qu’ils se signalent en commentaires !









