L’étroite fenêtre des sites d’infos locales

Voilà un an qu’est né à Strasbourg un web-média hyper-local, StrasTV. Fondé par Joseph Pasquier, 24 ans, StrasTV a su gagner une confortable audience (3000 pages vues et 2000 visites uniques par jour) grâce à quelques bons coups et à la régularité d’une production qui force l’admiration (458 vidéos publiées à l’heure où j’écris).

Bon, tout ça c’est très bien Joseph, suis-je tenté de dire, mais après ? Je lui ai posé cette question et voilà ce qu’il m’a répondu :

« Je suis un journaliste de télé mais je vois tous mes potes s’éloigner de la télévision. Aujourd’hui, les gens sont plus souvent devant leur ordinateur que devant la télé. Même ma mère ! Et puis je mesure aussi la force du buzz à l’heure d’Internet. Etant donné que l’investissement pour créer un média sur le web est minime (4000€ pour une caméra et le site), j’ai créé StrasTV avec pour ambition que le site s’impose dans la dizaine que consultent les Strasbourgeois chaque jour. »

Aux DNA, quand on l’a vu arriver, évidemment, on a un peu tiqué. Est-ce qu’il s’agit d’occuper un vide ai-je demandé perfidement ? « Ah non non, a-t-il répondu avec malice. Il ne s’agit ni de concurrencer France 3 ni les DNA… Il s’agit juste d’une mise en valeur quotidienne de l’actualité locale, en se concentrant sur celle créée par les Strasbourgeois. »

Mouais. Bon et dis-moi Joseph, est-ce que ça remplit la gamelle ton StrasTV, là ? « Non, tout l’argent est réinvesti dans l’amélioration du site et dans le dédommagement des stagiaires qui m’aident ponctuellement. »

L’éternelle question du modèle économique d’un média sur le web se pose évidemment avec brutalité lorsqu’il s’agit de créer des médias hyper-locaux… Puisqu’un site national comme Rue89 ne parvient pas à disposer d’une audience suffisante pour payer sa rédaction, comment un média reposant sur un bassin de population bien inférieur pourrait-il être viable ?

Plusieurs facteurs viennent néanmoins au secours d’un média hyper local comme StrasTV (mais aussi Neuillyjournal.fr, GaillacInfos.fr, Montpellier Journal.fr mais aussi La Moutade, Le Meuil de Ré…). D’abord, l’attachement des gens à leur information de proximité, celle qui les concerne et qui ne peut pas être trouvée ailleurs. C’est la raison pour laquelle Ouest France n’a jamais laissé tombé le réseau MaVille.com (mais sans pour autant avoir trouvé quelque chose d’intelligent à faire avec), la raison pour laquelle YouTube (et donc Google) s’invitent dans l’info locale, et la même raison pour laquelle MSNBC rachète le site EveryBlock.com.

D’abord, l’information locale ne se réduit pas à l’actualité locale. Les bons restaux, les quartiers les plus tranquilles, les magasins les moins chers, les concerts gratuits, les points wifi, toutes ces données sont difficiles à trouver car éparpillées généralement dans des réseaux fantômes type Voisineo ou Qype… Ces derniers tentent de monétiser cette information mais doivent d’abord se construire une communauté pour qu’elle existe. Or personne n’a jamais suffisamment d’intérêt pour retourner sur ces sites régulièrement. Seule l’actualité est capable de souder une communauté d’utilisateurs réguliers.

L’autre facteur favorisant les médias hyperlocaux est leur réactivité. Joseph Pasquier indique qu’il dispose d’un « réseau de correspondants monstrueux », tous ses amis depuis qu’il vit à Strasbourg. Sa page FaceBook compte 2913 fans (celle des DNA, 159) ! Le moindre événement se déroule quelque part et Joseph en est immédiatement averti et il faut le voir débouler en rollers avec sa caméra en bandoulière… A Gaillac, Christophe Coquis, fondateur de Gaillacinfos.fr a fait le même constat de carence : « L’actualité du bassin de Gaillac -30 000 hab- est gérée depuis Albi par la Dépêche du Midi avec un correspondant. On n’a pas de mal à être plus réactifs. Sans pub, nous avons atteint 5000 visites uniques par mois en six mois. »

Pour autant, cette absence des médias dominants dans le web local pourrait bien se terminer bientôt. Les gérontes qui sont aux commandes de la presse locale en France, largement responsables de cette situation, pourraient se réveiller et s’apercevoir que l’Internet peut être leur média de salut. Or les marques de la PQR sont encore aujourd’hui les meilleurs étendards pour rallier une communauté locale. Les médias hyperlocaux doivent donc absolument créer leur communauté –et les habitudes qui vont avec- avant.

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