Chers lecteurs, vous le savez, ce blog n’est pas un ego-blog et ne traite pas de ma petite personne. Mais il faut quand même que je vous raconte l’hallucinante opération de police dont j’ai été témoin, et acteur, lundi soir à Strasbourg.
Dans la matinée de lundi, une poignée de journalistes reçoivent une invitation de la préfecture du Bas-Rhin : « ce soir, le préfet, le procureur de la République et le directeur départemental de la sécurité publique iront superviser une opération de fouilles des parties communes à Strasbourg. Rendez-vous à 19h30 à la préfecture, détails sur place. » Bigre ! Tout ce beau monde déployé, il doit s’agir de quelque chose d’important. Je prends donc ma petite caméra et je me pointe au rendez-vous avec un photographe et mon collègue du papier pour les DNA, même chose pour l’Alsace et une équipe de France 3. Là, on nous dit que nous serons convoyés sur place, dans le quartier du Neuhof à Strasbourg, un quartier qu’en langage diplomatique on qualifie de « prioritaire ».
Nous embarquons donc dans les voitures noires de la préfecture. Et en arrivant au Neuhof quelques minutes plus tard, nous constatons que le quartier est quadrillé par un déploiement de policiers, dont des CRS en tenue anti-émeutes, casques à la ceinture mais doigts sur le flashball. Nous arrivons en cortège, par des rues où les policiers sont déployés tous les cinq mètres, sous les regards des habitants postés aux balcons qui n’en croient pas leurs yeux. Les véhicules stoppent devant les entrées des immeubles ciblés et nous sortons, priés de témoigner de l’efficacité et du professionnalisme des forces de l’ordre…
Et là je dois avouer un regret personnel. Bien que mal à l’aise par cette mise en scène, je n’ai pas tout de suite changé de sujet, pour passer de la couverture d’une opération de police à celle d’une opération de communication préfectorale. Mon souci était encore d’obtenir quelques images des policiers en train de fouiller ces couloirs. Ce n’est que lorsque la totale vacuité de l’opération s’est révélée, par l’affichage d’un butin ridicule, une pipe à eau et une balance électronique, que je me suis dit qu’il était hors de question de publier quoique ce soit sur cette lamentable opération. Mon collègue du papier n’a pas eu cette chance, et a dû se fendre de quelques lignes…
Que s’est-il passé ce soir là ? D’abord, Nicolas Sarkozy a repris l’idée de 25 quartiers « prioritaires » à sauver du chaos dans le pays. Quelqu’un de très intelligent au ministère de l’Intérieur, s’est dit qu’il serait bien vu de montrer aux Français que la police n’a peur de personne et qu’aucun quartier ne saurait être exempt des règles de la République. Des consignes ont donc été données aux préfectures concernées de « faire quelque chose » et voilà le résultat : tout un quartier déstabilisé pendant une soirée d’été, à l’heure de l’apéro, une centaine de policiers mobilisés, un préfet, un procureur et un ddsp chargés de propager la bonne parole devant les caméras, tout ça pour que les braves gens soient rassurés, merci Sarko.
Et après, on se demande pourquoi les médias ont une mauvaise image dans l’opinion publique ! Mais du point du vue d’un habitant du Neuhof, qu’est-ce que cette suite d’événements donne à penser ? Un important déploiement de policiers sécurise une rue entière. Il doit s’agir de l’arrestation d’un gros bonnet ou de la saisie de quelque importante cache de stupéfiants. Etonnant tout de même, les policiers semblent attendre quelque chose… Auraient-ils raté leur cible ? Puis une demi-heure après arrivent… les journalistes ! C’était donc ça… Un habitant, interrogé par votre serviteur le lendemain de cette mascarade, raconte d’ailleurs le sentiment général des résidents du quartier à l’issue de cette opération, dans une vidéo : à quoi ça sert tout ça ?









