Une question de principe…

Bon, alors voilà  l’histoire: MediaPart se retrouve dans la panade judiciaire à  cause d’une série d’enquêtes sur les Caisses d’Epargne. Laurent Mauduit, journaliste de MediaPart, a notamment publié plusieurs « scoops » (je mets des guillemets parce que ce sont des informations exclusives, certes, mais que personne n’a repris. Ce silence des médias n’étonne plus MediaPart depuis quelque temps déjà ) sur les honoraires de François Pérol, sur la préparation de la fusion avec Natixis, etc.

Cette série vaut à  MediaPart et Mauduit une série de plaintes depuis octobre, série qui ne cesse de s’étoffer puisqu’à  ce jour, MediaPart est cité à  comparaître pour onze plaintes en diffamation, pouvant déboucher sur ving mises en examen, alors que selon la rédaction, toutes leurs informations sont vraies, ont été vérifiées, précisées même et que les personnes mises en cause ont souvent refusé de répondre aux journalistes.

Il se trouve que si les informations publiées par MediaPart sont vraies, une ambiguité subsiste quant à  l’origine des fonds versés à  François Pérol, ambiguité qui pourrait bien être le point d’attaque de Pérol et consorts contre Laurent Mauduit et Edwy Plenel, comme l’a mis en évidence une bienvenue enquête d’@rrêt sur images:

Dans le second article, Mediapart écrit explicitement que l’argent a été versé par Rothschild, et non Natixis. L’affirmation inverse n’a sans doute jamais été lancée directement par Mauduit… mais l’ambiguà¯té était très présente dans le premier paragraphe de son premier article. Il y écrivait que Pérol avait touché « de 1,5 à  2 millions d’euros d’honoraires, versés par la même société… Natixis ».

Ce sera au tribunal de juger évidemment et je n’ai guère de doutes quant à  l’issue favorable pour MediaPart de ces procès à  venir. Mais ce n’est pas ça l’important.

L’important est qu’encore une fois, une grande entreprise, un grand dirigeant, utilise une armée d’avocats et toute la puissance de ses services juridiques dans le but d’asphyxier une rédaction qui ne fait que son travail. Rappelons que la rédaction de MediaPart, c’est deux douzaines de journalistes, pigistes réguliers compris.

C’est donc contre le principe qu’il faut se mobiliser, car ce principe est connu, il fait même jurisprudence auprès des grands dirigeants d’entreprises, on pourrait parler de jurisprudence Clearstream: tout nier et noyer ces emmerdants journalistes sous une pile de procès. Qu’ils gagnent ou qu’ils perdent n’est pas important, ça leur passera de toutes façons l’envie de recommencer, ça grèvera leurs finances pendant un moment, et ça enverra un message clair à  toutes les rédactions de France: ne vous occupez pas de ce qui ne vous regarde pas. Ce détestable slogan que tout journaliste qui fait son travail a entendu au moins une fois.

Eh bien croyez-le ou non, ce message, assez tristement est bien compris et appliqué par la vaste majorité des responsables des rédactions de ce pays et cette couardise (tenant compte d’un rapport de force pétrifiant il est vrai) n’est pas pour rien dans le désaveu public que connaît la presse aujourd’hui.

C’est pourquoi je rejoins l’analyse de Martine Silber et de Narvic et qu’abonné par principe, je soutiens MediaPart par principe également, en signant la pétition en ligne et je vous invite vivement à  en faire autant.

Certains articles de Mediapart demandent un accès payant, je dispose de quelques invitations pour celles et ceux qui voudraient se plonger dans cet édifiant dossier. Merci de laisser un message en ce sens ci-dessous et vous recevrez une invitation par email.

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  • http://www.espritblog.com Jean

    Cela me laisse un sentiment mitigé.

    Première chose. Heureusement que quelqu'un qui se sente diffamé par un média puisse se défendre et porter plainte : c'est aussi un principe démocratique. Le nier, c'est aussi nier le devoir de responsabilité des journalistes. C'est aussi cela, le pendant de la liberté de la presse, – la responsabilité – et il est quand même bon de la rappeler.

    Si les infos de Médiapart se révèlent fausses, il est tout à fait normal que Médiapart en paie le prix (dans la limite du raisonnable).

    Le question est celle de l'étranglement financier utilisée comme stratégie. Ce qui pose, je suis tout à fait d'accord, un problème Goliath contre David.

    Rappelons également que l'investigation n'est pas le seul monopole de Médiapart (pas toujours évident, à lire certaines prises de positions) La presse spécialisée en fait. Les journalistes freelance en font aussi.

    Alors, pourquoi ne pas imaginer que la presse s'organise pour créer une sorte de fonds d'assurance pour l'investigation ? Un fond de roulement qui permettent de financer justement ces frais ?

    Bref, une solution collective plutôt qu'individuelle ?

  • marsupilamima

    le silence des organes de presse traditionnels est accablant, serait-ce parce qu'ils ont parmi leurs actionnaires principaux ( à quelques exceptions près) les dirigeants de quelques grands groupes ? bizarre…..

  • http://www.pierrefrance.com/onestmal Pierre

    Certes certes… C'est vrai que MediaPart, enfin, Plenel, a un côté « moi ou le désert » un brin énervant, je crois m'être épanché à ce sujet dans ce blog déjà. Et bien sûr qu'on doit se défendre face aux attaques des médias.
    Cependant, là, les mis en cause ont systématiquement refusé de se défendre lorsque la possibilité leur a été offerte d'une part et d'autre part, les informations publiées le sont à l'issue d'une enquête longue et sérieuse.
    Ce que je veux dire en fait, c'est qu'en attaquant de la sorte, Pérol (et tous les autres) nient au journaliste le droit de faire son travail. Ils ne jugent pas la qualité de son travail, ils le dénient, en l'enterrant sous des procédures, qui sont à cette catégorie ce que le ciment est à la pègre marseillaise. Et c'est ça qui est condamnable.

    Se défendre quand on est attaqué par MediaPart, c'est:
    - répondre au journaliste quand il vous appelle,
    - répondre dans les commentaires des papiers (en faisant copie des commentaires à huissier au besoin),
    - adresser un droit de réponse,
    - exiger une tribune…

    Puis si ces procédures aboutissent à un échec, ou constatant l'inutilité d'icelles, entrer en voie judiciaire… Mais là, il s'agit très clairement d'une stratégie d'intimidation qui ne peut pas être tolérée, quelque soit la faute, réelle ou supposée, de MediaPart.

  • http://www.pierrefrance.com/onestmal Pierre

    @Marsupilamima: La situation de la presse dans ce pays… Misère misère. :-(

  • marsupilamima

    c'est pas tellement mieux ailleurs , murdoch et news corp par ex ou elmundo en espagne et pedro jota ramirez, grand pote d'aznar ni en italie berlusconisée. …

  • Vincent

    @Jean Il y a plusieurs choses là dedans: heureusement que quelqu'un qui est attaqué peut se défendre; c'est à cet effet qu'a été inventé le droit de réponse. Celui-ci n'est pas facultatif, c'est une obligation à partir du moment où la demande est faite dans les règles (lettre recommandée au directeur de la publication, etc.).
    La diffamation, c'est autre chose: une survivance du duel dans le droit moderne. Les plaintes pour diffamation ne portent pas sur la vérité des faits mais sur l'atteinte portée à la réputation (fama en latin) de quelqu'un. On peut donc être condamné pour diffamation mais si les faits avancés sont réels mais que le juge estime que l'intention était de nuire; et on peut être relaxé même en cas d'erreur si le journaliste a fait son travail « de bonne foi » selon le tribunal.
    Ensuite, porter plainte une fois parce qu'on s'est senti humilié par la révélation d'une information est une chose; déposer dix plaintes, c'est vouloir frapper au portefeuille clairement. Et cela devrait encore s'aggraver si Nicolas Sarkozy réalise ce qu'il a promis: la dépénalisation de la diffamation. Je m'explique: aujourd'hui, la diffamation est un délit pénal, qui expose son auteur à de la prison (absurde, non, du coup, les juges condamnent peu); demain, ce sera une affaire civile, qui se règlera à coup d'argent et fera que les organes bien dotés pourront se payer le luxe de la diffamation et les pauvres seront condamnés à l'eau tiède. Intéressant, non?
    Reste l'idée d'une fond commun, un système d'assurance en somme. Bonne idée dont je doute qu'elle trouve malheureusement un début de réalisation un jour, parce que ce fond serait probablement illégal (la justice ne peut tolérer qu'on rende son action inefficiente), et qu'il subirait bientôt les critiques des plus prudents, las de payer pour ceux qui se tailleraient à leurs frais, ainsi, une posture de justicier.

  • http://www.espritblog.com Jean

    @ Vincent

    Merci pour les éclairages juridiques, notamment sur la définition juridique de la diffamation, très intéressante.

    Avec ce post, je voulais simplement rappeler, en préambule, que l'atteinte à l'honneur par la presse, c'est quelque chose qui existe, et qui n'a pas fait toujours honneur forcément à notre profession : exemple avec l'affaire du Petit Grégory. Attention, je ne compare pas ce qui n'est pas comparable, à savoir les parents du petit Gregory et les anciens dirigeants de la Caisse d'Epargne… Bien évidemment.

    Mais ce n'est pas parce que quelqu'un porte plainte contre un média que c'est forcément un prédateur de la liberté de la presse.

    Le problème est, vous avez raison de le rappeler, dans le fait de détourner cette loi comme un outil d'harcèlement, notamment lorsque le rapport de force financier est si déséquilibré.

    Quand à « cette idée » de fonds d'assurance, c'était une idée comme ça, au hasard, au détour d'un commentaire, dont l'auteur ne se préoccupait absolument pas d'une quelconque possibilité d'existence juridique. Mais je voulais simplement mettre l'accent sur la nécessité à terme de notre profession de s'organiser collectivement, et de s'offrir un « pare-feu » contre ce genre de pratique. Plutôt qu'à chaque procès, se lancer dans une tribune enflammée sur les atteintes à la liberté de la presse…

    Des procès, des médias en ont toujours eu et en auront toujours. Et je connais des journalistes indépendants qui ont connu les mêmes problèmes juridiques que Médiapart et qui n'ont pas eu 10 % de l'attention portée à Médiapart.

  • Vincent

    C'est encore pire pour les journalistes indépendants, évidemment, parce qu'ils ont a priopri une surface financière plus restreinte. Ceci dit, faut-il regretter que le coup de gueule de Mediapart ait un peu d'échos (Narvic, Marsupilamima, ici… Je n'ai pas vu grand chose d'autre), ou que les tentatives de pression sur les autres n'en aient pas plus.

    Un exemple avec l'histoire de journalistes de Rue89 convoqués à la PJ sur l'histoire de la vidéo off. Tout le monde a fait mine de s'en offusquer (alors que pour le moins, ce qui est scandaleux, c'est que France 3 porte plainte apparemment à la demande del'Elysée (je ne mets pas en cause la parole de Rue89, c'est juste que je n'ai pas vérifié), quand n'importe quel journaliste qui couvre les informations générales, à partir du moment où il divulgue des éléments provenant de dossiers d'instruction (généralement fournis par les avocats, qui ne sont pas soumis au secret de l'instruction), est généralement convoqué 2 ou 3 fois par mois, pour la forme, presque pour l'hygiène professionnelle.

    Il aurait facile d'en rire en disant que si c'était la première fois que Rue89 était convoquée par la PJ, c'est que l'information qu'il divulgue était certainement bien inoffensive. Je crois au contraire qu'il faut conserver cette capacité d'indignation: ce n'est pas parce que la police pratique régulièrement l'intimidation que cela devient normal et acceptable.

    « Des procès, des médias en ont toujours eu et en auront toujours », mais il ne faut pas s'y habituer.

  • http://www.pierrefrance.com/onestmal Pierre

    @Jean: « ce n'est pas parce que quelqu'un porte plainte contre un média que c'est forcément un prédateur de la liberté de la presse. »

    Je suis bien d'accord avec toi et je suis également très critique vis à vis de nos réflexes corporatistes. A titre d'exemple, j'avais trouvé la gestion de l'affaire Fillipis très très mal gérée par Libé (lorsque leur ancien rédac'chef avait été placé en garde à vue pour une affaire de diffamation là encore, sur le net).

    J'étais tenté de dire: mais des gardes à vue comme ça, y'en a tous les jours en France et un ancien directeur de publication est un citoyen comme un autre, etc. D'autant que je suis enclin à croire la version des policiers

    Et je suis sûr que beaucoup de gens l'ont pris comme ça: « ah ouais alors il est journaliste, alors c'est un scandale »… Et vlan pour la profession et du coup, va mobiliser après ça quand il y a des atteintes à l'expression de la presse (ce qui est plus grave que des atteintes aux journalistes mais le distingo fait ici n'est pas toujours bien clair j'imagine).

    Bref, là, ce qui me choque, c'est ce dédain affiché par Pérol et consorts, suivi de cette avalanche de plaintes. Vraiment, c'est un procédé ignoble, typique d'une personne qui se croit bien au dessus du lot, tellement loin qu'il n'a pas à répondre à de vulgaires journalistes. Ben ça mérite un peu de mobilisation.

  • http://www.espritblog.com Jean

    @ Pierre @ Vincent.

    Alors, là, on est d'accord.

    L'introspection sur ses propres pratiques professionnelles n'affadie pas, au contraire, l'indignation que l'on peut avoir face à ce harcèlement et à ces méthodes qui entravent pour le coup, la liberté de la presse.

    Le cas de Rue89 que Vincent soulève est vraiment intéressant, et mériterait de figurer comme objet d’un cours de déontologie dans les écoles de journalisme.

    Que France 3 ait porté plainte sur demande de l'Elysée ( si ces infos sont exactes), est scandaleux). Mais question : si la rédaction l’avait fait de sa propre initiative, est ce que cette plainte ne serait pas légitime ?

    Car pour le coup, la pratique de Rue89 pour se procurer une information qui n’a, vous en conviendrez, qu’une porté informative limitée (en tout inversement proportionnelle à son potentiel de visiteurs uniques) est assez bordeline….

    Exemple foutraque et totalement hypothétique. Si un média quelconque se procurait et publiait un mail interne racontant les parties fines de la rédaction de Mediapart avec le gratin du conseil d’administration de la Caisse d’Epargne, Médiapart ne serait-il pas en droit de porter plainte ?

    Il me semble que l'exemple de Rue89 est un cas d'école intéressant.

  • Vincent

    OK pour la portée limitée et inversement proportionnelle à sa cliquabilité.

    C'est un peu le problème du buzz: soit on a une info simple à comprendre, qui délivre un message simpliste (Sarko=méchant-qui-veut-tout-contrôler=tutoie-les-journalistes-complices), soit on a une info un tant soit peu élaborée et nuancée et elle reste cantonnée dans un petit milieu de citoyen « concernés », donc elle manque sa cible: tout ceux qui ne sont pas au courant. Un exemple: cette pétition fait un peu de bruit (6.000 signataires si je lis bien) sur un message facile à comprendre (Pérol et l'Elysée veulent museler la presse) quand les premiers articles de Mediapart datent de la mi-février (trois mois!) sans que l'on en entende jamais parler, parce que c'était une affaire complexe, où les responsabilités étaient difficiles à établir, où les preuves sont arrivées petit à petit, sur un site horripilant par son arrogance mais aussi parce qu'il montre au reste de la presse (en ligne ou non) les enquêtes qu'elles pourrait faire et qu'elle ne se donne pas la peine de faire.

    Si un média racontait aujourd'hui les parties fines de la rédaction de Mediapart avec le gratin du conseil d’administration de la Caisse d’Epargne:
    1. il faudrait le prouver;
    2. il faudrait prouver que cela ne relève pas du domaine privé (la sexualité sado-masochiste de Mediapart et de la Caisse d'Epargne) et donc qu'il y a eu des conséquences sur le traitement journalistique réservé à cette entreprise;
    3. il faudrait prouver que la révélation de cette information ne sert pas à manipuler le cours de bourse de la Caisse d'Epargne;
    4. cela poserait une question: pourquoi cette rédaction est-elle si acharnée à montrer les errements d'une direction avec qui elle entretient un commerce charnel? Est-ce sous la menace du fouet que Milhaud et Mérindol ont avoué? A coup sûr, une belle histoire dans la lignée de celle d'Edouard Stern;
    5. on ne voit pas bien en quoi Mediapart aurait à s'en plaindre: cela lui ferait une publicité probablement bienvenue.

  • http://www.espritblog.com Jean

    @ Vincent

    j'aime beaucoup votre façon de filer la métaphore… :)

    Très intéressant votre réflexion sur « le message ». C'est un peu triste mais vous avez sans doute raison… Le sens de la nuance, nécessaire à comprendre toute l'épaisseur d'un fait, est de moins en moins une valeur journalistique « bankable ».

    Juste une remarque : je ne suis pas sûr que Médiapart montre ou ait vocation à montrer aux autres médias un modèle un terme d'investigation. C'est être immodeste et oublier que d'autres médias indépendants existent. L'investigation est une denrée rare dans notre profession, je l'admets volontiers. Mais elle existe cependant, chez Médiapart certes mais aussi aussi ailleurs…

    C'est un peu ce que Pierre appelle le syndrôme « Moi et le désert ».

    Et le Canard Enchainé… ?

    Même des médias « vendus au Grand Capital » ont fait un travail d'investigation intéressant, je pense notamment à Nicolas Cori de Libération sur la question des rémunérations.

    @ Pierre, je n'ose pas imaginer le référencement de ce billet, avec les mots clés Parties Fines, Fouet et Sado-masochisme… :)

  • Vincent

    :) La réflexion sur le message n'est pas vraiment de moi; elle est entièrement pompée sur McLuhan: in mass age, the message is massage, dans le grand village planétaire, le public privilégie un message divertissant et, à tout le moins, qui le conforte dans ses opinions, et la stimulation permanente qui fait que le processus même devient le message (Le medium est le message, ça vous rappelle certainement la vulgate dispensée à qui mieux mieux par Jeff Jarvis, qui fait croire qui c'est une idée originale),ce qui accentue (paradoxalement) une tribalisation de l'audience et, in fine, se révèle décevant parce que l'écart entre le monde tel qu'il est conté et sa réalité va grandissant, McLuhan concluant que tout cela devrait finir dans un « âge de l'angoisse ». (Ouf, le morceau de bravoure, de tête, avec des souvenirs de fac qui datent de plus de quinze ans!)

    Pour le reste, il est certain que si la vocation de Mediapart était de montrer le chemin à l'ensemble des médias, le mode de financement serait bien mal choisi: il faudrait que ce soit une fondation d'utilité publique, largement ouverte, sur le modèle de ProPublica et pas un ghetto pour quelques lecteurs sinon suffisamment riche pour acheter de l'info, du moins suffisamment « concernés » pour choisir d'affecter une part de leurs dépenses dans ce poste là.

    Le Canard enchaîné existe, et il ne se finance pas par la publicité, mais par les ventes en kiosque et des abonnements. Mais il a une autre force encore, que me dévoilait un ami qui y travaille et y écrit des contrepéteries: « Le Canard qui en balance des sévères a peu de procès, tout simplement parce qu'on sait qu'il est plein aux as et qu'on ne le trucidera pas par de méprisables torpillages juridico-financiers. »

    Voilà le problème de l'investigation: c'est un investissement important avant (il faut du temps pour remonter pièce par pièce une affaire) et après (il faut avoir les reins solides). Autrement, ce n'est pas rentable sauf à avoir trouvé, de longue date, un public.

    Mais il y effectivement une différence entre le Canard et Mediapart: Le Canard donne mauvaise conscience au reste de la profession, mais le fait en rigolant, ce qui permet de le classer de façon très pratique comme « l'hebdomadaire satirique » (entendez: c'est des rigolos, vous n'allez pas nous comparee à ces gens-là); Mediapart garde du Monde une volonté de « sérieux » (vous savez, Sirius, serious, le pseudonyme d'Hubert Beuve-Méry) qui fait que ce site donne l'impression de donner des leçons de morale à la terre entière, ce qui est un peu fatigant.

    La posture tongue-in-cheek du Canard est sans doute plus habile.

    Pour Libération, c'est intéressant aussi: quelques bonnes enquêtes, quelques scoops, des bons journalistes qui font un bon boulot. Et au final, Joffrin qui, après être allé faire la manche aux états généraux de la presse, se refait une virginité sur une passe d'arme avec Frédéric Lefebvre.
    Moralité: le travail d'investigation, au long cours, presque pas de retombées; la polémique absurde sur des propos de Sarkozy bien sortis de leur contexte (de fait, en disant que Zapatero n'était peut-être pas bien malin, il s'associait plutôt à lui, et visait en fait Jospin, réputé intelligent mais incapable de gagner une élection, et au-delà, poursuivait sa guerre contre l'intelligence).

    Aparthé: en recherchant le texte de l'appel contre la guerre à l'intelligence, je retrouve la couverture du numéro des Inrockuptibles et je m'aperçois que la pétition avait chassé de la « une » Carla Bruni, réduite à une vignette en haut à droite. Amusant, rétrospectivement…
    <img src= »http://www.mediapart.fr/files/imagecache/225_pixels/Sylvain+Bourmeau/Couve+Appel_0.jpg »>

    @Pierre: ouf, j'ai réussi à ne pas écrire « bondage » dans ce commentaire pour ne pas peser encore sur le référencement de ce billet…

  • http://www.pierrefrance.com/onestmal Pierre

    @Vincent : L'âge de l'angoisse, à mon avis, il existe déjà sauf qu'on ne s'en rend pas encore compte, à cause de cette surinformation permanente, doublée d'une information choisie, menant à une désinformation globale (hem)… C'est grâce à Narvic que je m'étais fait cette réflexion, suite à la publication de pas mal de billets parlant d'informations à l'état liquide, voire gazeux… Je trouve que c'est très pertinent.

    Quant à l'investigation et le journalisme, MediaPart se définit quand même comme « le nouveau quotidien de référence », si ce n'est pas une manière de montrer la voie aux autres médias… C'est un brin agaçant, mais étant moi-même sur le même créneau de la pureté du métier, j'aurais mauvaise grâce à critiquer cette position. Donc ça ne me dérange pas que MediaPart veuille « montrer la voie », mais cette voie là est parsemée d'embûches n'est-ce-pas.

    C'est pas les marches de Cannes pour Jennifer Lopez (et comment je vous ai grillés là pour le référencement :-) ).