Mardi s’est tenue une session « extraordinaire » des Assises du journalisme, sorte de grand raout corporatiste où peu de journalistes en poste participent mais où de nombreux chercheurs, penseurs, et autres grands pontes de la profession glosent à l’envi sur l’avenir du métier.
J’ai l’air sarcastique comme ça, mais en fait pas du tout, j’ai participé à la première édition. Devenue une notion floue dont tout le monde se réclame aujourd’hui, le journalisme mérite bien une messe, voire plusieurs. Qu’on en cause, on verra bien ce qu’il en sortira. Je trouve juste dommage, voire triste, qu’à chaque fois ces rassemblements omettent de faire participer des « vrais » journalistes aux ateliers, c’est-à-dire les rameurs de l’info d’aujourd’hui, des bons vieux localiers à qui on demande d’être le matin sur le terrain, le midi avec leurs correspondants, l’après-midi devant leur ordinateur à mettre en page et le soir à un conseil municipal…
Bref, après avoir appelé à appelé à l’élaboration d’une charte déontologique commune en 2007, à la création d’un avatar d’ordre professionnel en 2008, voilà que l’édition nouvelle propose d’inscrire dans la Constitution de la République « le droit du public à une information honnête et de qualité ».
Mazette. Bigre. Voilà qui va tout changer, le « droit du public à une information honnête et de qualité ». Est-ce qu’il est opposable ce droit au moins, tel le majestueux droit au logement ? Honnête citoyen moi-même, je me vois bien opposer à mon kiosquier ce droit à l’information: « je regrette Mourad (c’est mon kiosquier), mais je me vois dans l’obligation d’exiger une information de qualité et je ne vois que du vieux, du 1.0 si j’ose dire. Et j’ai acheté XXI la semaine dernière déjà, alors me refais pas le coup… »
J’ai l’air sarcastique comme ça, mais en fait pas du tout. Je trouve ça très bien qu’on inscrive le droit à l’information dans la constitution, juste après le droit à un environnement non pollué, le droit à une nourriture saine et le droit à une télévision sans pub tant qu’on y est.
Cette proposition, d’un génie imparable, fait partie d’un ensemble de 14 mesures qui rivalisent d’audace. La 14e par exemple, c’est la lutte contre un « journalisme low-cost » n’est-ce pas, en demandant un régime d’aides spécifiques pour les enquêtes et les reportages. Je pensais naïvement que cette assujétion des médias aux pouvoirs par un cordon ombilical d’argent était plutôt une bonne part du problème mais apparemment non… Les rédacteurs des Assises proposent également qu’on dote les rédactions d’un statut juridique, ce qui n’en doutons pas mettra fin aux dérives éditoriales type Mougeottisation du Figaro, et qu’on protège les droits d’auteur des journalistes.
Personne n’a donc apparemment parlé des vrais enjeux du journalisme de demain, un journalisme de médiation, un journalisme de liens, un journalisme de terrain, un journalisme moins dogmatique, moins lénifiant, protéiforme, capable d’apporter rapidement l’essentiel de l’info comme de proposer le fond et le contexte ? Personne aux Assises n’a constaté que les jeunes ne lisent plus la presse, que les blogs remplacent les pages ? Personne ne s’est interrogé sur l’immobilisme des responsables des rédactions face aux changements exigés par le public ?
La crise du journalisme n’est pas un problème de statut, c’est une question de pratiques. On pourra tourner autour du pot tant qu’on voudra, tant qu’on n’aura pas bouleversé les méthodes de travail pour améliorer l’information produite et la manière dont elle est délivrée, le journalisme continuera de décevoir.









