Je suis de près l’expérience tentée par Edwy Plenel et son équipe : MediaPart. Ça m’intéresse parce qu’il s’agit d’une tentative voulant créer un nouveau média d’actualité entièrement indépendant, ou plutôt qui n’aurait de comptes à rendre qu’à ses lecteurs. MediaPart se voulant franc de pub et payé uniquement par ses abonnés.
Le paysage médiatique français étant chaque jour un peu plus déprimant que la veille, la nouvelle de la création de MediaPart, quelques mois après celle de Rue89, a été comme une lueur d’espoir dans un secteur où l’actualité est plutôt dominée par les plans de licenciements et les rachats successifs, l’éclairage fébrile d’une bougie dans une nuit bien noire.
Mais si Edwy Plenel était là, il ne parlerait pas d’une expérience. Pour lui, le média indépendant, c’est une quête, un Graal qu’il cherche désespérément depuis 30 ans. Il n’est donc pas étonnant de le voir porter ce projet comme s’il était en mission évangélique et sur-réagir lorsqu’il est attaqué. « Fonder ce journal est une urgence démocratique » comme il dit.
Urgence démocratique… Faut voir. Pour les exigeants, oui, pour les citoyens concernés par la politique et ses effets, sûrement, mais pour les Français dans leur ensemble, j’en suis moins sûr. Edwy Plenel semble persuadé que le Français est exigeant, qu’il veut une presse de qualité, informée, incisive et suffisamment forte pour briser les murs formés par les mensonges des communicants… Géraldine Muhlmann, dans son livre « Du journalisme en démocratie », a démontré que ce présupposé, qui fonde toute la critique bourdieusienne du journalisme, n’est pas prouvé.
Néanmoins, si Plenel y croit, je veux bien y croire puisqu’après tout, fonder un média indépendant, collaboratif, incisif et aux choix éditoriaux assumés est le meilleur moyen de remédier aux maux endémiques du journalisme français que je dénonce ici à longueur de posts.
Puis aujourd’hui j’ai reçu une invitation de MediaPart à trouver d’autres abonnés que votre serviteur pour « réussir le pari » d’un site d’actualités financé uniquement par ses abonnés. Une phrase m’inquiète particulièrement dans cet email : « Sans l’appui d’un nombre significatif de pré-abonnés “pionniers”, notre capital de départ risque d’être insuffisant ».
Voilà un ton qui tranche avec celui d’un autre projet de site web d’actualité entièrement financé par ses abonnés, Arrêt Sur Images, qui claironnait il y a peu avoir dépassé le seuil de 30 000 abonnés. Mais Arrêt sur Images, se déguste à 30 euros par an, MediaPart en demande 108.
Je suis inquiet. Car si la bougie qui a vocation à devenir phare du journalisme s’éteint, le signal envoyé sera très clair : il ne peut pas exister d’information généraliste de qualité et indépendante en France.