Les journalistes n’ont pas encore repris la main…

Je reviens d’une conférence organisée par l’Ecole des métiers de l’information (EMI) dont le thème était: Internet et information : les journalistes reprennent-ils la main ? Parmi les intervenants, il y avait notamment Pascal Riché de Rue89 et Edwy Plenel, fondateur de MediaPart.

C’est toujours intéressant d’entendre Pascal Riché et Edwy Plenel argumenter l’un après l’autre sur leurs choix et leurs initiatives en faveur d’un nouveau traitement de l’information sur l’Internet. Leurs projets sont radicalement différents: Rue89 est gratuit pour ses lecteurs et repose sur la pub, donc l’audience, tandis que MediaPart est payant (9€/mois) et ne doit sa survie qu’à une communauté de lecteurs abonnés et fidèles. Edwy Plenel appelle d’ailleurs cette communauté “le club”, car tous ses abonnés peuvent héberger chez MediaPart leur blog et participer à des éditions sur tel ou tel sujet.

Au milieu des propos généralistes et maintes fois ressassés, quelques idées intéressantes ont quand même pu être évoquées.

Ainsi pour Pascal Riché, “sur le net, un sujet est souvent proposé par des internautes, ils nous aident dans notre enquête, puis, une fois l’article publié, ils le commentent et très souvent le corrigent. Les corrections sont immédiatement appliquées. Lorsqu’il y a eu de nombreux commentaires, nous publions un “droit de suite” pour rebondir sur les débats… Donc la notion même d’article change sur Internet. Ce n’est plus un but, c’est un processus.”

Les participants ont défendu l’hypothèse qu’il existe une “voie médiane” entre le “tous journalistes” de Ohmynews par exemple ou de AgoraVox et l’idée selon laquelle il ne peut exister d’information qu’issue des journalistes patentés. Edwy Plenel a appelé ça le “participatif encadré”, qu’il oppose au “participatif alibi”, c’est à dire une possibilité d’interaction dont on ne tiendrait finalement aucun compte.

C’est Arnaud Mercier, chercheur et professeur en sciences de la communication de l’université de Metz, qui a permis de lancer le débat sur ces nouveaux médias en posant les bonnes questions. Notamment, a-t-il lancé à Plenel, “est-ce une bonne idée de parier sur la fidélité quand on est sur un média particulièrement propice au zapping comme l’Internet ?” Autre question : “on peut parfaitement être un média de niche en gardant un modèle payant, mais est-ce pertinent si on veut être un média de masse ?”

Ses questions n’ont guère trouvé de réponse satisfaisante mais il est vrai qu’en l’espèce, autant Rue89 que MediaPart, sont des expériences, des aventures pionnières qui “testent” en permanence ce qui peut fonctionner et ce qu’il faut abandonner…

Quand à moi, j’ai essayé de trouver des éléments de réponse à la question initiale: “les journalistes reprennent-ils la main ?” Franchement, j’aimerais bien mais clairement, la réponse est “pas encore”… Je regarde ce qui s’écroule: des journaux séculaires, des titres que tout le monde connaît… Et je regarde ce qui se créée: des sites intéressants certes mais que personne, personne, ne connaît. Edwy Plenel s’énervait ce matin que les scoops de MediaPart n’étaient jamais repris par les autres médias… mais parce que tout le monde s’en fout de MediaPart ! Quant à Rue89, le site a sorti une enquête impressionante qui montrait comment les ascensoristes avaient gagné six milliards d’euros par la peur… Personne n’en a parlé.

Donc restons détendus… Avant que les médias du net prennent toute leur place dans le champ médiatique global, de nombreux plans sociaux continueront de dézinguer ce qui reste de la presse française.