Accrochez-vous les chefs, ça va glisser…

Ça m’est venu comme une apparition… à l’occasion d’une discussion avec un collègue. On se demandait pourquoi il était parfois si difficile de voir apparaitre des blogs dans l’offre web de certains titres de la presse régionale. Grâce à son implantation locale inégalée (et inégalable), cette presse devrait être capable de produire d’excellents blogs, nourris par des communautés qualifiées de proximité.

Mais non, les titres de presse régionale ne cessent de perdre ce terrain face à des blogueurs issus de nulle part, mais capables de porter des thématiques et de s’y tenir. Narvic dirait probablement que c’est de la faute à ces satanés journalistes, incapables de prendre la mesure de la révolution des blogs, hautains et méprisants vis-à-vis de cette forme directe d’expression. Certes, mais pas que. C’est aussi de la faute à leurs salopards de chefs.

Prenons le problème de leur point de vue : un blog sur un média, c’est un endroit où un journaliste publie des articles, des réflexions, des questionnements, sur une thématique nourrie par l’actualité. Très bien mais pourquoi ne pas publier ces informations dans le journal ? Surtout que pendant qu’il met à jour son blog, le journaliste ne travaille pas vraiment (c’est-à-dire pas pour le journal papier n’est-ce pas…). Mal à l’aise, le rédacteur en chef est dubitatif quand on lui parle de mode d’écriture renouvelé, de contact plus direct avec le lecteur et d’autres conneries dans le genre… Puis le rédacteur en chef attrape carrément la trouille quand il apprend que sur un blog, il est parfaitement concevable de poser des questions sans avoir les réponses, dans le but d’initier un débat par exemple, et que la publication s’y déroule dans une relative liberté…

Car il est bien là le problème. Dans une rédaction papier, une série de validations successives assurent la hiérarchie que le sujet et son mode de traitement sont compatibles avec la ligne éditoriale du journal. Des choix sont faits et c’est bien normal. Mais sur un blog, le journaliste s’empare seul d’un sujet, le traite et surtout le publie tout seul. Flippant. Et puis cette histoire de communauté… Alors quoi, un seul journaliste pourrait disposer à lui seul d’une audience et d’en user ?

Publier sur le net gomme les hiérarchies, tout est plus direct. Dans un futur proche, le journaliste qui sera sur le terrain pourra modifier en temps réel le contenu d’un article en ligne, un photographe pourra directement changer l’illustration diffusée… Il y aura toujours un desk, notamment pour enrichir le contenu, le relire, etc. mais il y a fort à parier que les contraintes de réactivité induites par le net raccourciront à l’extrême la chaîne de publication.

Et du coup, la décision de publication reposera sur les épaules du journaliste de terrain. C’est lui, qui lorsqu’il appuiera sur le bouton « envoyer », prendra la responsabilité éditoriale. Ce pouvoir aura alors effectivement glissé des hautes sphères vers ce galérien de l’information qu’est le journaliste de terrain. Alors évidemment, vu comme ça, l’Internet, faut pas se presser…

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