Les formations pour savoir comment « écrire sur le web » fleurissent mais à quand celles pour savoir comment lire le web ? On pourrait croire qu’être un lecteur de sites web ne requiert aucun savoir particulier, tant il est vrai qu’il s’agit a priori simplement de transposer son regard du papier vers l’écran. Or il n’en est rien, recevoir l’information en ligne s’apprend et quelques sites commencent à éduquer leur public, afin de resserrer le lien avec leur audience et de s’assurer que le(s) message passe(nt).
Prenez par exemple ce « Petit guide des flux RSS » de Rue89 : Yann Guégan fait (avec brio) le geek de service pour expliquer aux lecteurs de la Rue89 comment faire le tri automatiquement dans les titres diffusés par le site. L’idée est de s’assurer que les internautes de Rue89 aient bien le temps de lire les articles qui les intéressent a priori, perdus qu’ils peuvent être dans le maelström de l’information publiée sur ce site. Arnaud Aubron, l’un des fondateurs du site, avait regardé ses statistiques de près et était parvenu à cette conclusion : au-delà de la page d’accueil, point de salut pour les articles.
On touche là à une différence fondamentale entre l’édition sur papier et l’édition web : l’accès à l’information.
Dans un journal papier, les journalistes sont (constamment) obligés de faire des choix de longueur : la place est limitée, l’attention du lecteur tout autant (à ce qui se dit, mais ça se discute), et une part non négligeable de leur énergie consiste à « écrire court ». C’est un calvaire mais pour le lecteur, l’avantage est d’avoir dans son champ de vision un ensemble de titres, d’accroches et de renvois qui lui donnent presqu’instantanément une idée globale de l’état de l’actualité. C’est un bien précieux cette contextualisation, un confort de lecture, et malheureusement un concept bien délaissé par les sites web éditoriaux d’aujourd’hui.
Dans un journal sur le web en revanche, la place ne manque pas. Les journalistes peuvent donc offrir à leur audience une interview d’un quart d’heure si elle vaut le coup, une vidéo d’une heure, etc. Le lecteur n’est pas prisonnier du canal, comme sur un journal, à la radio où à la télévision : sur le web, il clique sur la vidéo s’il veut la voir, il arrête et clique ailleurs s’il la trouve trop longue. C’est une immense liberté dont les journalistes commencent à peine à entrevoir les possibilités qu’elle leur offre. Mais sur le web, tout s’empile. On a beau multiplier les entrées (rubriques, catégories, tags, géolocalisation…), on finit toujours par afficher des listes d’articles…
Si ces concepts bouleversent la pratique du journalisme (et de la publication au sens large), on a trop souvent ignoré qu’ils bouleversent également la réception de l’information. En clair, le lecteur, s’il n’est pas aussi geek que Yann Guégan, peut facilement passer à côté d’une information qui l’intéresse et ce, alors même qu’il visite son média préféré. Un drame, à la fois pour l’éditeur et le lecteur. Un échec de la publication en ligne.
Donc il faut former ses lecteurs. Et voilà un nouveau boulot pour les éditeurs de sites web auquel ils feraient bien de s’intéresser car s’abonner à un flux RSS, malgré le nom, n’est pas si simple et dépend largement de l’aisance qu’on peut avoir au volant d’un Firefox par exemple. Et qu’on ne se dise pas qu’avec le temps, la pratique ira en s’améliorant parce que c’est faux. Le web est plus difficile à lire que le papier, point. Il y aura toujours des lecteurs qui ne franchiront pas les étapes entre le simple surf et le surf qualifié. Tout l’enjeu pour les sites web éditoriaux sera de s’assurer que ces deux publics trouvent leur satisfaction.









