Deux articles postés dans mon collimateur traitent cette semaine du « crowdsourcing », c’est-à-dire d’une manière de publier des informations en faisant confiance à une communauté d’utilisateurs. Dans le premier article, David Chen (repéré par Narvic) revient sur l’échec de Digg comme plate-forme capable de faire émerger le meilleur du web en faisant confiance au bon sens des gens. L’article est vraiment bien documenté et revient longuement sur les principes fondateurs de ce site en 2004. Il explique également les raisons, inavouées par Digg, qui se cachent derrière leur récente campagne d’éviction d’une partie de leurs utilisateurs les plus actifs. En conclusion, voici les leçons que David Chen tire de l’expérience de Digg quant aux communautés d’utilisateurs sur le web :
- Une véritable démocratisation de l’information ne peut pas être obtenue automatiquement. Rapidement, quelques uns se sont approprié la majorité des informations publiées sur la première page du site.
- La reconnaissance est un facteur de motivation primordial pour les utilisateurs. Les réseaux sociaux ont besoin d’un système de valorisation des utilisateurs les plus actifs et les plus efficaces. Les internautes aiment être reconnus pour la qualité de leurs contributions.
- Les communautés ont besoin d’être nourries et soignées.
Pratiquement au même moment, Marc Mentre chronique le livre d’un journaliste de Wired, Jeff Howe, lequel titre « Crowdsourcing : pourquoi le pouvoir des masses dirige le business du futur ». Même si l’auteur semble plus optimiste sur l’avenir du crowdsourcing, quelques conclusions sont tirées, également en termes d’avertissements (faute de quoi, ça ne fonctionne pas, plusieurs exemples de ratages étant cités) :
- Savoir inspirer la passion. Un site peu ergonomique, où l’utilisateur n’y retire aucun plaisir de la navigation, ne saura retenir suffisamment ses utilisateurs pour en tirer une activité exploitable, quelque soit l’intérêt du site. Générer la participation, au-delà de la consultation, demande cet effort technique.
- Les contributeurs veulent une parcelle du pouvoir. Ils veulent constater par eux-mêmes que leurs actions façonnent le site et pas seulement à la marge.
- Le futur sera formé d’une cohabitation harmonieuse entre les « social medias » et les médias traditionnels. Elle reste à trouver mais Marc Mentre cite les rapprochements de Reuters avec GlobalVoices Online et d’AP avec NowPublic comme étant des signes précurseurs.
Au final, que constate-t-on ? D’abord que les internautes ne prennent pas les chemins qu’on a balisés pour eux. Jamais. Et ça devrait être une règle d’or du développement des sites web : les internautes, dans leur ensemble, refusent les canaux, les directions et toutes ses stratégies de captage d’audience. Il faut donc s’assurer que le site web proposé soit ouvert et puisse correspondre à une croisée des usages, afin que les utilisateurs de multiples modes de consommation se retrouvent presque par hasard et que de ces rencontres naisse une valeur ajoutée, bénéfique à tous.
Ensuite, il faut arrêter de croire à la sagesse des foules. La démocratie directe, c’est prouvé depuis l’antiquité, ça ne fonctionne pas. Même si tout le monde est éduqué, informé, responsable (ce qui est loin d’être le cas, demandez à Eric Mettout), les principes qui président aux comportements des masses plombent tout intérêt.
Que faire alors ? Il faut d’abord « qualifier » ses utilisateurs, s’assurer qu’ils puissent être reconnus en tant qu’experts dans certains domaines par exemple. Là-dessus, les journalistes peuvent aider, en vérifiant les antécédents de certains utilisateurs ou en invitant certains de leurs contacts à prendre une part active au débat. Au final, la communauté des utilisateurs ne doit plus être uniforme, elle doit être, et ce visiblement pour tous, une galaxie de compétences et de savoirs.









