Du bon usage d’un média social comme l’Internet en journalisme

L’un des principaux problèmes du journaliste est de trouver les bons interlocuteurs pour qu’ils apportent leurs témoignages et leurs expertises sur les sujets qu’il traite. Or c’est souvent compliqué de trouver « un » ouvrier par exemple, qui ne soit pas militant syndical ni rien, juste qui fait ses 3/8 et rentre chez lui après. La plupart du temps, les journalistes sont obligés de passer par des syndicats ou des associations qui choisissent au mieux des profils compatibles avec le message qu’ils veulent faire passer dans les médias, au pire des « représentants » dont la réalité quotidienne est différente de celle vécue par ceux qu’ils représentent. C’est également une assurance que l’interlocuteur choisi voudra bien parler au journaliste (la défiance vis-à-vis des médias complique ce métier chaque jour un peu plus mais c’est un autre sujet).

Or dès les débuts de l’Internet, il m’est apparu évident que ce média pourrait permettre de contourner les associations, les syndicats et autres organismes pour capturer la parole des gens, de ceux qui ne s’expriment jamais, soit parce qu’on ne les interroge pas, soit parce qu’ils ne savent pas comment s’y prendre avec les médias et les journalistes… Tout naïf que j’étais (et je le suis encore largement), j’imaginais un lien médias-citoyens fort et à double-sens. Je précise que c’était bien avant les sites web participatifs et autres communautés.

On le sait maintenant, pour que les citoyens participent à l’effort d’information, il faut plus qu’un bête appel dans un forum. Il faut susciter la remarque, fournir les conditions idéales pour qu’elle soit exprimée et assurer le contributeur qu’elle sera bien prise en compte. Puis la vérifier, etc. Bien que les sites web participatifs rivalisent d’ingéniosité pour recueillir les commentaires, beaucoup reste à faire encore pour capter l’information réelle, le témoignage valide.

Le Monde.fr s’est réveillé cet été sur ce sujet et commence à trouver un intérêt dans son immense communauté de lecteurs. Pour la troisième fois depuis juillet 2008, la rédaction web propose à ses lecteurs d’apporter leurs témoignages sur un sujet d’actualité, témoignages qui seront repris dans ce que le site appelle un « article interactif ».

C’est bien, mais pas top, comme diraient Les Nuls. C’est bien, parce que c’est le genre de processus qui permettront sûrement de recueillir des témoignages vrais, vécus, directs (sans filtre) et donc d’une immense valeur en termes d’information du public. Mais ce n’est pas top parce que ces témoignages sont regroupés dans un article fourre-commentaires. Il aurait été bien plus utile de mettre cet outil au service de la rédaction (la vraie) du Monde et que les (vrais) journalistes qui travaillent sur ce sujet puissent se servir des témoignages ainsi recueillis dans leurs articles et contacter leurs auteurs pour les creuser.

Bref, Le Monde.fr suscite une information de premier niveau (une pépite pour un journaliste) pour la transformer en une information de fin de chaîne. Dommage, il aurait fallu faire l’inverse. Mais ça implique de changer les habitudes de la (vraie) rédaction du Monde, ça implique de penser globalement dès le départ du traitement du sujet… Et ce serait vécu comme une insupportable ingérence de ces pénibles du web sur le travail des (vrais) journalistes.

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