Il parait qu’il va y avoir un clash de générations dans les rédactions…

Eric Scherer était à la conférence annuelle de l’organisation de l’information en ligne (ONA) qui s’est achevée ce week-end à Washington. Il était pratiquement le seul Français à ce rendez-vous, qui regroupe plus de 850 professionnels de l’information en ligne, et en livre un compte-rendu sur son blog en parlant d’un « clash des générations » à venir dans les rédactions.

Alors là… Comment dire ? Comment exprimer sans colère ni débordement que le clash des générations, il est déjà bien présent dans les rédactions et depuis une bonne dizaine d’années ! Inutile de préciser que ce constat, je l’ai d’abord réalisé moi-même avant de me rendre compte qu’il était général auprès d’autres collègues, notamment lors d’ateliers aux premières Assises du Journalisme où une virulente conversation sur la formation des jeunes journalistes l’avait mis en évidence. Le directeur de l’école de Strasbourg, Alain Chanel, avait alors eu cette formule : « Auparavant, les rédactions recherchaient des journalistes qui sortaient du rang. Aujourd’hui, les jeunes journalistes ont plutôt intérêt à rester dans le rang. »

C’est malheureusement tout à fait exact. La première r/évolution qu’ont ratée les actuels responsables des journaux est celle du traitement de l’information. Pour faire court, le public en a marre (et les journalistes d’aujourd’hui aussi) de cette information bornée et verticale (descendante la plupart du temps). Mais les jeunes journalistes, quand ils arrivent dans les rédactions, n’ont guère le choix s’ils veulent conserver une chance d’obtenir un emploi (ou alors ils s’en vont).

Quant à l’absence de décisions sur les r/évolutions technologiques, alors là… L’image qui me vient toujours à l’esprit est celle du cataclysme qui marqua la fin de l’ère secondaire : la météorite arrive, droit sur la planète, et les hiérarques se comportent comme un troupeau de brontosaures, le nez rivé sur ce qui reste d’herbe à brouter. Et malheur aux Cassandres qui ont l’œil scotché sur le téléscope ! Les changements à opérer dans les rédactions sont de toutes façons trop radicaux et remettraient en cause toute la politique de l’équipe dirigeante depuis 15 ans… Impensable.

Alors on se rassure, on s’autocongratule, on maquille les chiffres, et on bricole des sites web a minima, avec des rédactions à part où on stocke ces jeunes journalistes vindicatifs, et évidemment, quant un conflit apparait, on les remet à leur place. Pourquoi évoluer de toutes façons puisque, d’une part, le modèle économique du site web éditorial n’est pas trouvé et que d’autre part, les marques médiatiques, surtout régionales, bénéficient encore d’un large crédit ?

Changer le journal, changer le journalisme… Tout ça n’intéresse pas les dirigeants des journaux. Les jeunes journalistes peuvent attendre, c’est à peu près tout ce qu’on leur demande d’ailleurs. Alors oui, comme le dit Philippe Couve, c’est bien possible que ça devienne « saignant » dans les rédactions (Philippe fait de la radio, il aime les mots imagés). L’ennui est que pour l’instant, ceux qui saignent, ce sont surtout ceux qui ne rentrent pas dans le rang.