Journalistes sur blogs, esquisses d’un futur

Une très intéressante discussion s’est engagée sur MediaChroniques, à  l’issue d’une émission d’@rrêt sur Images où Daniel Schneidermann recevait une journaliste-blogueuse, Pascale Robert-Diard. Dans cette émission, la titulaire de la chronique judiciaire du Monde explique comment elle a trouvé une nouvelle liberté sur le blog, en s’affranchissant notamment des contraintes du papier et comment le web l’a sortie d’une espèce de déprime professionnelle, proportionnelle à  la réduction de la pagination semble-t-il. On la comprend. Mais surtout la discussion qui a suivi ce billet est très intéressante parce qu’elle trace les contours d’un futur possible du métier de journaliste et de l’édition sur le web.

Pour l’instant, l’édition sur le web est calquée sur l’édition traditionnelle comme le remarque fort justement Narvic :

Il n’y a pas tant d’expérimentation que ça, finalement, d’une écriture différente sur le web. On sort assez peu du texte linéaire. (…) L’hypertexte, le multimédia, le « collaboratif » ouvrent des perspectives d’écriture très différente, multiple, éclatée, réticulaire… Mais peu de gens s’y essayent vraiment. Probablement parce que c’est techniquement difficile et que les solutions sont à  inventer.
Mais il y a peut-être aussi une sorte de « frein culturel ». On n’est pas encore passé réellement à  l’hypertexte. Ce que nous mettons en ligne, c’est encore essentiellement des textes, qui obéissent toujours à  une sorte de règle des unités : un auteur, une forme d’expression (soit l’écrit, soit l’audio, soit l’audiovisuel) et un « bloc linéaire » avec un début et une fin.

Donc, il y a encore tout à  inventer. Réjouissons-nous, nous en sommes encore à  la publication sur le web v1.0 !

D’abord, que faire de tout cet espace dont les journalistes disposent sur le web ? Peut-on publier sur le net de longs textes fouillés ou doit-on, comme semblent le recommander les écoles de journalisme, s’astreindre à  écrire court ? Les deux mon général ! Le web est un support qui ne dicte rien : aux journalistes de faire l’effort nécessaire pour prendre la place dont ils ont besoin (comme dit Philippe Couve : « la bonne longueur c’est quand ça s’arrête avant d’être chiant » – Ils ont un sens du « parler vrai » à  la radio).

Ensuite, la technique : faut-il remplir de liens les textes, afin d’offrir aux lecteurs un chemin de lecture « dont il est le héros » cher à  Frédéric Cognard et Narvic ? Faut-il assurer aux commentaires un statut plus proche de celui de l’article initial, afin de proposer une lecture globale documentée par l’exemple ? Et faut-il proposer aux lecteurs de géolocaliser leurs informations ou de les personnaliser en fonction de leur CV ?

Les possibilités sont infinies mais attention à  l’overdose ! Les journalistes doivent garder en tête, plus que jamais, que leur rôle est d’apporter du sens à  l’information. Il faut prendre garde à  ne pas parasiter l’essentiel par une multiplication de services, d’extensions et de sources d’informations. Ou, pour faire du Couve : la bonne manière d’écrire multimédia, c’est quand ça n’emmerde pas le lecteur avec des trucs à  la con. J’aurais dû faire de la radio.

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