De l’exigence du tri des commentaires

Rue89 vient de publier les résultats d’une étude qu’ils ont menée sur les comportements de leurs utilisateurs inscrits. En fouillant dans leurs bases de données, qui archivent les moindres clics des utilisateurs depuis mai 2007, ils sont parvenus à  tracer le portrait d’une communauté d’utilisateurs de site participatif. C’est très intéressant car Rue89 dispose à  la fois de la légitimité pour cet exercice (beaucoup de sites ne sont pas vraiment participatifs même s’ils le clament), de l’audience (15 000 inscrits, 600 000 visites mensuelles) et de l’expérience (un an, abandon de l’anonymat en route, etc).

Et l’enseignement le plus important à  mon avis de cette étude : « la majorité des utilisateurs inscrits commente peu, une minorité commente vraiment beaucoup ». Plus de 80% des utilisateurs n’ont pas publié plus de 10 commentaires, plus de 40% n’en ont publié qu’un seul.

Et pourquoi ça ne me surprend pas (ni vous non plus d’ailleurs, j’en suis sûr) ? Parce que tout le monde n’a pas quelque chose de pertinent à  dire sur tout, tout le temps (Archives « On est mal » ici et ici).

Quelles conclusions en tirer ? D’une part, qu’il faut valoriser ces commentaires rares, postés par une personne qui a pris le temps de s’inscrire et d’écrire, pour s’exprimer sur un sujet qui la touche particulièrement, par rapport aux commentaires multipliés comme des petits pains, produits par des posteurs compulsifs (les 2,9% de Rue89) et qui ressemblent généralement à  une version électronique du café du commerce. Je ne fais pas de jugement de valeur mais je me place (toujours) sur la question du sens : qu’est-ce qu’on apporte de plus au lecteur ?

Et d’autre part, que la communauté d’utilisateurs doit être valorisée. C’est-à -dire que les éditeurs de ces sites doivent connaître leur communauté plus profondément que par de vagues pseudos, et doivent s’en servir pour rebondir sur les sujets d’actualité. MediaPart est tout proche d’avoir une communauté d’utilisateurs utile, mais ils manquent encore d’abonnés pour obtenir une masse critique et puis surtout, ils n’auront jamais cet utilisateur qui poste à  l’unité.

Quand un médecin s’exprime sur un sujet de santé, ou lorsqu’un patient témoigne parce qu’il a subi le traitement mentionné par l’article initial, ça a du sens (la plupart du temps), ça apporte énormément à  la qualité informative de l’article, c’est du document (du vrai coco !). Il est donc intolérable qu’un tel commentaire soit noyé sous une masse d’autres contributions, ça revient à  priver le lecteur du meilleur.

Il faut donc trouver un moyen de pondérer l’importance donnés aux commentaires. Par exemple en fonction de l’expérience de l’utilisateur, de sa profession et du sujet de l’article. Mais aussi en fonction de l’estime mutuelle entre les utilisateurs au sein d’une même communauté, un peu comme ce qui se fait dans Twitter et Seesmic où chacun décide de « suivre » les infos de personnes dont on apprécie particulièrement les écrits.

Pour moi, le site qui parviendra à  forger une communauté utile, et à  s’en servir pour cultiver des articles étoffés par l’expérience sur le terreau de l’actualité aura tout compris à  ce que peut être, ce que doit être, un média à  l’heure d’Internet : une communauté d’intérêts, la résurrection de l’Agora des citoyens.

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