On le sent, on le pressent, la presse va mal finir la décade. C’est un post de MediaWatch qui a relancé mon blues médiatique ce week-end. L’article décrit comment la presse est bien mal armée pour réussir sa mue technologique. Les capitaux privés n’ayant pas vocation à financer une activité coûteuse en ressources humaines et au rendement incertain, le salut pourrait venir d’un financement public ou de fondations.
Je ne suis pas favorable au financement public des médias. Non, pour moi les médias doivent se financer grâce à leur audience, que cette audience paie directement ou pas le biais de la publicité n’est pas très important (à ce stade de la discussion). De même, il me parait essentiel qu’il existe une démarche volontaire de la part de cette audience : un clic sur un titre du web, se déplacer vers un kiosque, un choix, quelque soit sa nature.
On a déjà vu ce qui guette les médias, d’être des pourvoyeurs de contenus génériques derrière des mots-clés. C’est déjà assez déprimant alors qu’est-ce qui se passerait si ces contenus n’étaient produits que pour répondre à une convention publique de fonctionnement ou quelque chose du genre ?
Et ne nous leurrons pas : si des financements publics peuvent soutenir ici ou là des initiatives intéressantes, il ne pourra jamais remplacer la recherche d’une notoriété et d’une crédibilité inégalée, seul véritable moteur du journalisme d’enquête. C’est d’ailleurs l’ami Emmanuel Parody qui me confiait récemment que les journalistes avaient tort de se méfier des patrons de presse issus du marketing. Car disait-il, « ces mecs là travaillent à partir d’une marque, celle du titre, qu’ils valorisent de multiples façons. Et quand les journalistes sont bons, la marque est bonne et rapporte plus. Ils sont donc les alliés des journalistes. »
J’ai bien peur qu’on finisse par financer artificiellement une information qui n’intéresse personne. On aurait d’un côté les producteurs (journalistes, mais tout autant agences de comm’, institutions, services de presse…), qui écrivent des articles et diffusent des vidéos, et de l’autre, une audience, globale, qui reçoit cette info en provenance d’une multitude de sources… Les deux parties étant entièrement déconnectées l’une de l’autre. Ce serait un gros « bruit » médiatique, qu’on pourra filtrer par mots clés pour tenter d’y déceler quelque information d’intérêt et puis c’est tout.
L’information, au sens du traitement de l’actualité, deviendrait à l’image du web référencé par Google : une sphère d’où n’est lisible que la surface. Les enquêtes complexes, les articles de fond, les dossiers étant plongés dans les profondeurs, inaccessibles.