Personne ne connait MediaPart, leurs infos ne valent rien

C’est avec plaisir que je me suis rappelé pourquoi j’étais abonné à MediaPart en découvrant vendredi matin un article de Claude-Marie Vadrot. Le journaliste, grâce à sa longue expérience de l’Amérique latine et ses nombreux contacts sur place, a pu reconstruire un scénario de la libération d’Ingrid Bétancourt sensiblement différent de celui que nous avaient servi le gouvernement colombien et très largement repris dans les médias français.

Cet article avait notamment l’avantage d’expliquer pourquoi les groupes des Farc qui détenaient les otages n’ont pas été surpris de voir arriver des hélicoptères au point de rendez-vous, fussent-ils repeints en blanc, et n’ont à aucun moment fait usage de leurs armes. Tout simplement parce que cette libération avait été négociée, selon Claude-Marie Vadrot. Il ne s’agirait pas uniquement d’un coup de bluff de l’armée colombienne, c’était la conclusion d’une négociation menée avec ce groupe particulier, contre l’assurance d’une amnistie.

C’est tout de même un gros scoop. Les lecteurs de MediaPart sont habitués depuis le 16 mars aux « scoopinets » du site éditorial, plus souvent qu’à son tour en pointe sur certains sujets mais rarement seul à détenir l’ensemble de l’information. Là, pour un peu qu’on accorde du crédit à ce scénario, c’est une sérieuse remise en cause de l’information officielle, et la confirmation que les contacts entre le gouvernement colombien et les Farc n’ont jamais cessé, en d’autres termes, qu’Uribe mène une politique comprenant à la fois des coups de boutoir et une négociation (ce qui soit dit en passant n’a rien d’étonnant).

Pourtant, en a-t-on entendu parler dans les médias principaux en France (presse quotidienne nationale, journaux télévisés…) ? Non point. On a bien entendu parler d’une éventuelle rançon de 20 millions de dollars, en provenance de la Radio suisse romande. Ce fût la seule note discordante dans le concert médiatique. L’AFP en a fait une dépêche, qui a été ensuite reprise par les médias principaux.

Mais des informations de MediaPart, il n’en a été question nulle part, sauf brièvement sur France Info. Je connais un moustachu qui a dû désespérer. Il a probablement appelé l’AFP, comme il doit en avoir l’habitude maintenant. J’ai moi-même mené un lobbying auprès de ma rédaction pour qu’il y soit fait mention, au moins dans l’article consacré aux informations de la RSR, dans un bloc sur les « doutes sur la version officielle ». Le responsable de service, bien qu’ayant fait l’effort de lire l’article de MediaPart, a choisi de ne pas en parler. « MediaPart, personne ne connait », m’a-t-il dit.

Personne ne connait, donc on s’en fout.

Eeeeh ben c’est triste. Car ce conformisme, ce suivisme, cette uniformité de l’information, est le fondement de la critique formulée par les Français d’aujourd’hui à propos de leurs médias. Tout se déroule comme si nous étions des dinosaures au bord de l’éradication. On a pourtant l’avantage de voir la météorite arriver, mais on ne fait rien. En Floride, le Tampa Tribune s’apprête à licencier une bonne partie de son personnel. Dans un billet très remarqué, une stagiaire a pris la plume pour clamer que le journalisme méritait qu’on se batte pour lui. Un journaliste plus ancien, lauréat du Pulitzer, lui a répondu que seule l’innovation pourrait nous sortir de ce marasme. Une innovation qui ne risque pas d’arriver, dit-il, puisque ceux qui nous ont mis dans cette situation sont les mêmes que ceux qui sont aux commandes aujourd’hui.

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