Plenel découvre le monde (cruel) des médias

Revoilà qu’Edwy Plenel fait parler de lui. Rassurez-vous, il n’a pas de nouveau brandi l’étendard de la démocratie conquérante armée du bras de la presse libérée, mais plus prosaïquement, il s’est récemment insurgé contre l’AFP, qu’il accuse de « plagiat ». En fait, l’AFP a simplement repris des informations qui ont été publiées par MediaPart.

C’est une pratique courante de l’agence de presse, il y a même un service de veille qui s’occupe de ça chez eux : lorsqu’une information est publiée quelque part, sur une télé, une radio, un journal et donc même un site Internet, l’AFP vérifie cette info et le cas échéant, publie une dépêche reprenant l’ensemble éléments. Il est très rare que l’AFP cite la source de ces informations, considérant d’une part que les sources sont souvent multiples et d’autre part qu’une fois publiées, ces informations ainsi connues de tous sont devenues publiques. De même, les journaux ne citent que très rarement l’agence comme étant la source des dépêches qu’ils publient.

Ce qui est étonnant dans cette histoire est que Plenel devrait plutôt se féliciter que les informations de MediaPart soient ainsi reprises. Au début du mois, devant un auditoire dont faisait parti votre serviteur, le même Plenel se plaignait justement que MediaPart lançait scoops sur scoops dans un désert d’indifférence, il a même confessé avoir appelé l’AFP pour s’en étonner ! « Et alors les gars ? Vous lisez pas MediaPart ? Vous devriez… » Les journalistes de l’AFP doivent trouver un peu forte de café la dernière sortie du journaliste moustachu le plus célèbre de France…

On a bien compris : Plenel voudrait que l’AFP reprenne ses scoops, cite MediaPart.fr comme en étant la source exclusive et première, un site à découvrir pour plus d’informations… En gros, Plenel attend que l’AFP fasse sa publicité. Un comportement vis-à-vis d’un média qui n’est pas sans rappeler celui de l’UMP accusant l’AFP de partialité pour ne pas avoir diffusé l’un de ses communiqués…

Le drame dans tout cela est que Plenel ose s’en étonner. En vieux grigou des médias, Plenel sait pourtant très bien comment se diffuse l’information dans notre monde : tout se copie, le plus souvent sans vérification, la valeur de la primauté n’est que très éphémère. Cette fragilité a fondé depuis le départ l’une des critiques qui pèse sur le modèle payant de MediaPart : qui va payer pour lire une information puisque dans les minutes qui suivent sa publication sur MediaPart, elle peut se retrouver en accès libre ailleurs ? A lire Plenel, on a l’impression qu’il découvre que les sceptiques avaient raison sur ce point…

Pour ma part, je supplie Edwy Plenel d’en revenir à la raison. Comme il le note lui-même dans son billet, les informations du Canard Enchaîné (dont la notoriété n’est plus à faire) sont également reprises sans ménagement par les grands médias et les agences, il n’y a donc pas de corrélation entre l’absence de citation et la notoriété du média-source, comme le soupçonne notre ami moustachu. Et puis surtout, les lecteurs comprennent vite qui est à l’origine des informations sur tel ou tel dossier et préfèrent l’original, en général mieux informé, à la copie. Enfin, Plenel peut se féliciter d’avoir créé un média qui est copié, donc un média-locomotive, c’est déjà un excellent bilan.