Denis Robert, le chevalier à la plume contre les puissances occultes de l’argent (si si, c’est une description qui lui va bien), vient de se prendre un nouveau souffle du dragon qu’il tente de terrasser depuis des lustres: il a été condamné par le TGI de Bordeaux pour diffamation contre Clearstream pour un article paru dans Sud Ouest où il était interviewé sur son livre “Clearstream l’enquête”. Il doit payer 12500 euros: 5000 d’amende , 3000 de paiement à l’avocat adverse , 4500 de frais de publication.
Apparemment, les juges se sont appuyés sur ces propos publiés en juin 2006. Or l’enquête sur Clearstream de Denis Robert s’arrête en 2002, ce que le journaliste de Sud Ouest a omis de préciser. Bref, si j’ai bien compris, les juges l’ont condamné car il répétait des faits (en 2006) sans s’appuyer sur une enquête sérieuse… J’aimerais mettre la main sur le jugement complet qui, selon Denis Robert, fait 18 pages, pour être plus précis dans ma description.
L’enfer dans cette histoire est que Denis Robert ne se sort pas du merdier procédurier dans lequel le maintient Clearstream. C’est vrai, il faut le reconnaitre, Denis Robert ne fait pas beaucoup d’effort pour éviter les emmerdes: il est têtu, il est motivé, il ne rate pas une occasion de dénoncer les coups fourrés… C’est un emmerdeur. Autant de défauts impardonnables pour un journaliste aujourd’hui.
Franchement, bien malin qui aujourd’hui peut trier les torts et les vertus de Denis Robert. Il se désolait sur son blog qu’avec tout le bruit judiciaire autour de lui, il apparaissait de toutes façons “louche”. Il est l’exemple vivant que la calomnie et les pressions servent toujours, même si elles sont retoquées par la justice, le bruit suffit.
C’est ce que je retiens de toutes ces procédures judiciaires. Qu’il soit coupable ou pas, je m’en fiche. Clearstream s’en remettra. L’important est que dans le rapport de force entre un journaliste fouineur et énervé comme Denis Robert et une organisation pivot de la finance internationale, le match est perdu d’avance pour le journaliste car être poursuivi par la justice vaut déjà condamnation. Et ça, Clearstream le sait très bien.
Ces gens là ne se battent pas contre Denis Robert, ils s’en foutent de Denis Robert (aux yeux de Clearstream le mal est fait de toutes façons: ils existent aux yeux du grand public alors qu’ils auraient aimé rester discrets). Non, ils se battent pour envoyer un signal à tous les autres journalistes qui seraient tentés de regarder de plus près les arrangements quotidien de la finance internationale. Le message est tout à fait clair. Personne n’a envie d’être le prochain Denis Robert.