On se souvient que Plenel a fait un pari, celui de la presse (en ligne) payante avec le site MediaPart. Ayant siphonné ses économies et celles d’une bonne part de ses amis, Plenel s’est complètement investi dans ce projet éditorial indépendant selon un plan bien établi : il lui faut 75000 abonnés en trois ans pour assurer la rentabilité de MediaPart.
Bon, ben, deux mois après son lancement, le site a 7200 abonnés. Certes, on pourrait se dire, 7200 abonnés en deux mois, c’est bien. Mais en réalité, c’est peu. Car la majorité de ces abonnés se sont impliqués dans l’aventure par militantisme, ils se sont abonnés dès le pré-site, par fidélité, par souci d’une info indépendante… Il reste à convaincre les autres. Tous les autres: ceux qui lisent un peu, par ci, par là, une information largement gratuite sur l’Internet et qui, pour l’instant, ne voient pas bien quelles peuvent être les apports de MediaPart pour qu’ils vaillent 9€ par mois.
C’est pourquoi Plenel a lancé une nouvelle campagne de parrainage, dont le but est de trouver 7000 abonnés afin de parvenir avant l’été à 14000 abonnés. Le plan de financement ne peut en effet tenir qu’avec l’acquisition d’une dizaine de milliers d’abonnés par an au minimum pendant les trois premières années. Faute de quoi, le capital de MediaPart fondra comme neige au soleil.
A ce stade, je me garderais bien de me prononcer sur les chances de MediaPart. Comme je l’ai déjà dit, il s’agit pour moi d’un test grandeur nature. Beaucoup d’investisseurs regardent Plenel de loin et tireront leurs conclusions sur les chances de succès d’un site payant en fonction des résultats de MediaPart.
Cependant, deux mois après le lancement, je ne peux m’empêcher de faire un petit bilan. Si le site est incontestablement une réussite graphique et de présentation, c’est même un fantasme pour les amateurs de presse écrite, il manque encore singulièrement de rendus multimédias: peu de vidéos, pas de photos… Quant aux sujets, ils n’apportent que rarement la singularité de vue et de traitement que MediaPart promettait au départ. Les journalistes ont beau être tous d’excellents professionnels, il leur faudra du temps avant de sortir de leurs chapeaux des enquêtes qui seront d’une originalité telle qu’elles seront reprises par les médias… A titre d’exemple, Rue89 a sorti une excellente enquête sur les ascensoristes, personne n’en a parlé.
Ce qui pose d’ailleurs une autre question: peut-on exister en dehors du flot de l’actualité ? Question évoquée lors du précédent post sur Rue89 (qui a choisi une voie intermédiaire) et qui se repose évidemment pour MediaPart…









