Une année de Rue89

Rue89 vient de fêter sa première année d’existence. Pierre Haski, l’un des fondateurs, explique sur le site que « dans ses rêves les plus fous », il n’aurait pas imaginé « en être là un an auparavant. » En être où exactement ? Pour Pierre Haski, l’aventure Rue89 est une réussite puisque le site a trouvé son public (un million de visiteurs uniques par mois) et imposé sa notoriété.

Financièrement, le niveau de fréquentation atteint permet désormais à Rue89 d’être intégré dans une offre globale, proposée aux annonceurs par les plus importantes régies publicitaires. C’est probablement le succès le plus important car, rappelons-le, Rue89 ne vit que grâce à la publicité. En l’espèce, son modèle de développement n’est pas différent de celui d’un 20 Minutes ou d’un Métro. Un choix que les fondateurs de Rue89 (Pierre Haski, Pascal Riché, Laurent Mauriac et Arnaud Aubron) assument tout en assumant d’autres choix qui, selon eux, les différencient de la presse gratuite : des choix éditoriaux différents, des angles de traverse face à l’actualité pour proposer à leurs lecteurs des éclairages et des informations qui n’existent pas ailleurs.

Et sur ce point, le bilan du premier anniversaire est beaucoup plus mitigé. Constitué d’une douzaine de personnes, dont une bonne moitié de tout jeunes journalistes, l’équipe de Rue89 a du mal à trouver sa place entre l’actualité brute, qui attire des lecteurs car elle participe au buzz global, et l’information exclusive, qui demande plus de travail et dont l’audience n’est pas garantie. Au final, la page de garde de Rue89 typique se compose de deux-tiers d’articles inspirés par l’actualité du jour ou de la veille et d’un tiers d’informations issues d’autres terreaux, notamment culturels, avec parfois quelques pépites comme les enquêtes de David Servenay notamment. C’est dommage car le contrat initial prévoyait justement l’inverse : un lien avec l’actualité certes, mais avec des sujets plus rares et traités en profondeur.

Mais l’audience étant le critère déterminant, il est difficile de résister à la tentation de l’actualité et les fondateurs, tous issus de la presse quotidienne, ne peuvent guère aller contre leurs habitudes professionnelles. Et pour tout dire, on les comprend et il y a fort à parier que si le site était resté plus à l’écart de l’actualité pour se concentrer sur des informations exclusives, il n’aurait peut-être pas l’audience qu’il a aujourd’hui. Peut-être faudra-t-il encore une année à Rue89 pour exister pleinement.