Les enfants de gauche ont grandi

Qui se souvient du paysage politique il y a une vingtaine d’années ? Faisons un petit effort de mémoire et remettons-nous, disons en 1988… A cette époque, l’élu de gauche était rare. S’il n’était pas un député, il était dans l’opposition, relégué en faire-valoir dans des conseils généraux ou régionaux, partagés entre l’UDF et le RPR. Ces deux partis disposaient d’une implantation locale hégémonique, leurs élus étaient les représentants d’une notabilité provinciale conservatrice et garante d’un ordre établi. On allait à  la chasse avec un conseiller général UDF, le docteur était un élu RPR aussi…

Et puis que s’est-il passé ? Petit à  petit, les conseils généraux se sont mis à  prendre des couleurs. En dehors des bastions traditionnels, des élus socialistes et verts ont commencé à  enlever des mairies, puis des cantons. Un mouvement continu jusqu’à  dimanche, où la gauche dispose à  l’issue du scrutin de la plus importante assise locale qu’elle n’ait jamais eue sous la Ve République : 185 villes de plus de 30 000 habitants (124 à  la droite), 20 régions sur 22, près de 60 départements sur 99…

Sociologues et politologues ne vont pas manquer d’analyser cette constante montée en puissance des forces de gauche dans le pays. Mais à  mon avis, l’explication est toute simple : les enfants de gauche ont grandi et ce qui est nouveau, ils sont restés de gauche. Je me souviens qu’il y a une vingtaine d’années, on trouvait tout à  fait normal d’être de gauche à  vingt ans, avec le commentaire qui suivait, selon lequel l’être encore à  quarante était de la connerie.

Autres débuts d’explications, les élus de gauche ont mûri aussi, affinés dans leurs projets avec la pratique du pouvoir, ou alors l’élu de proximité est perçu comme pouvant être le vecteur d’une certaine solidarité locale… ça ou bien la gauche a accompagné la droitisation des mentalités. J

Quoiqu’il en soit, je me souviens également que l’assise locale de la droite était également la source de la corruption d’une bonne part de ses élus. J’attends de voir comment la gauche va résister aux mêmes pressions.

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