Daniel Schneidermann a inauguré les émissions SDF, « sans durée fixe », sur son site d’informations sur les médias, Arrêt sur Images. L’Internet, dit-il, a au moins une vertu : celle de ne pas contraindre le débat dans une limite temporelle, on peut enfin aller au fond des choses, tout se dire, et clore le débat sur une série de constats permettant aux spectateurs de se faire leur opinion, désormais éclairée.
Grand amateur du genre et des sujets, je regarde les émissions d’@SI régulièrement et la dernière m’a soufflé cette réflexion : sur l’Internet, il y a quand même des limites.
Daniel Schneidermann a invité Michel Rocard, l’ancien Premier ministre de la deuxième mitterandie et aujourd’hui député européen, un homme pour lequel j’ai beaucoup d’affection mais qui est malheureusement pourvu d’une élocution instable, d’autant plus criante que l’homme est prolixe.
Tous les journalistes des médias audiovisuels le savent, interviewer Rocard revient à s’assurer qu’il répondra directement aux questions, et qu’il sera compris des auditeurs et des téléspectateurs. Un rude boulot, auquel d’ailleurs ils préfèrent souvent renoncer. Mais pas Daniel Schneidermann, qui a cru pouvoir bénéficier des facilités de l’Internet pour contrebalancer cet handicap.
Le résultat est à la fois drôle et intéressant. Drôle parce que Rocard, dès lors qu’il a été prévenu qu’il pourrait développer sa pensée, ne s’en est pas privé et a plusieurs fois usurpé la conduite de l’émission à Schneidermann, qui sentait bien quand même, à intervalles réguliers, que ses @sinautes comme il les appelle risquaient de décrocher.
Intéressant ensuite parce que Schneidermann a ainsi pu toucher du doigt les limites de son concept d’émission SDF. Comme on ne peut pas écrire 50000 signes sur l’Internet et espérer être lu, on ne peut pas laisser dériver Rocard des heures et des heures (54 minutes en fait, mais quand même). Même sur Internet.