Je suis un lecteur du Figaro. Je sais, je sais… Quoi ? Le Figaro ? Cet organe de presse de droite, aux mains d’un industriel de droite, aux éditoriaux très de droite d’un Eric Zemmour caricatural… Tout cela est vrai mais figurez-vous que ce Figaro là n’est pas le mien.
Depuis quelques années, Le Figaro est devenu le seul journal français dont les reportages à l’étranger me montrent chaque jour des réalités complexes, nouvelles, changeantes… Bien plus fréquemment que Le Monde, bien plus en profondeur que Libération, les reportages des envoyés spéciaux du Figaro sont vivants, donnent la parole et racontent des histoires. Le Figaro a une politique éditoriale ambitieuse à l’international.
Ou plutôt avait. Car ce temps est bien fini depuis qu’Etienne Mougeotte est devenu le directeur de la rédaction du quotidien en novembre (lire les chroniques d’Arrêt sur Image et de Rue89). La nocivité de sa pensée était jusqu’à présent contenue dans le Figaro Magazine, grand déversoir des idées réactionnaires françaises où les auteurs de « l’écologie, la grande arnaque » et de « la fabrique des crétins » y étaient régulièrement invités.
Etienne Mougeotte a une grande idée, la même en fait qu’il a imposé si longtemps à la rédaction de TF1 : une politique éditoriale « proche des gens ». Les résultats sont spectaculaires : l’international, qui occupait les premières pages du journal, est relégué au second plan, les papiers France, souvent de grandes enquêtes transversales se retrouvent recadrées au ras du plancher, et les titres s’attachent à racoler le plus grand nombre de lecteurs. Avec un incident remarqué le 31 janvier : un titre en Une prêtant à Michel Rocard des propos contraires à ceux qu’il tenait dans les pages intérieures du journal. Le tout accompagné d’un plan de réduction des effectifs demandant à 40 journalistes de partir.
J’ai bien peur que ces événements ne soient que la face visible d’un mouvement de plus grande ampleur : la transformation de ce quotidien quasi-centenaire, d’autorité et de qualité, en un organe au service d’une droite populaire et arriviste, l’électorat aveugle de Nicolas Sarkozy, qu’il convient désormais d’armer d’un organe de presse afin de le guider dans ses choix.