Loin du PS…

Je vous l’avoue : je ne sais pas pour qui voter dans une semaine. Depuis cinq ans, cela ne fait aucun doute, je vais voter pour le candidat PS. J’ai approuvé en son temps la candidature de Royal et puis… Pendant la campagne interne au PS, plein de choses m’ont déçu.

Candidate de l’opinion, je n’ai jamais cru qu’elle incarnait une renouveau, une nouvelle vague appuyée par la très marketing démocratie participative. Première déception. Avec une image plutôt à droite de la gauche, elle a attaqué sa campagne sur une ligne PS des plus classiques où les mesures intéressantes étaient trop rares. Deuxième claque. Mal préparée, méfiante, ondulante, sa campagne ne m’a jamais convaincu. Troisième et dernière baffe. Bref, bien sonné, ma voix est devenue fluctuante.

Ségolène Royal représente une synthèse trop personnelle et trop indéfinie du PS selon moi. Elle ne représente qu’elle et je ne sais que penser de sa personnalité. Je n’ai que très peu de souvenir de son action de ministre par exemple.
Dernier évènement, la réaction du PS à la tribune de Rocard dans Le Monde favorable à une alliance avec l’UDF. “On ne s’allie pas avec la droite”, “impensable”… Ces propos ont fini de m’éloigner du PS. Ce parti, en l’état, est incapable de penser la politique de manière un peu nouvelle. Il s’accroche à sa vision gauche-droite et n’en démord pas. Il va rechercher les voix du peuple de gauche, de ceux de l’extrême qui, sans l’insulter tout à fait, sont toujours critiques au-delà du constructif. Le RMI c’est trop peu, les 35 heures pas suffisant, l’Europe trop libérale…

Ah ça on peut pas dire qu’ils ont pas de la gueule les alliés du PS. Ils sont cinq dans le camp “unis et solidaires”. Cinq pas moins : Besancenot, Laguiller, Buffet, Bové, Schivardi. Rien que ce chiffre devrait les déconsidérer. Mais nan… Ils sont là. Et comment s’entendre avec des gens qui ne peuvent même pas s’allier entre eux ? Que peut-on attendre de ceux qui ne veulent même pas participer à un gouvernement ?

J’ai une tendresse particulière pour les Verts. J’approuve ainsi leur message énergique en matière d’environnement et leurs convictions européennes. Mais bon… Le syndrome du vote utile me saisit. J’ai critiqué en long, en large et en travers, tous ceux qui se sont fourvoyés dans des votes inconscients (Chevenement, Taubira, Laguiller…) en avril 2002. Je peux dire aujourd’hui que je les comprends mieux. Il est difficile de voter pour un candidat sans être convaincu. Mais mon éveil à leur crise passée doit-elle me conduire à les imiter ? Et parce que je serai pleinement conscient des conséquences de mon choix, averti par les expériences du passé, est-ce une raison pour déserter mon courant d’opinion ? Car la gauche sociale reste mon courant. Seul le PS et sa candidate actuelle me pose problème.

Alors évdimment, il reste le vote Bayrou. Pour une quantité de gens de gauche, il représente une option, d’autant plus qu’il semble mieux placé que la candidate socialiste pour remporter le second tour. Mais opter pour François Bayrou comme président de la République, c’est prendre un risque. Un risque limité, mais un risque. D’abord parce que le positionnement de Bayrou se rapproche beaucoup de celui de Chirac en 1995. Un ni-nisme, un peu plus subtil peut-être. Au regard de l’action de ce dernier, on doit se poser quelques questions sur la réalité du projet du candidat centriste. En outre, politiquement, avec une droite et une gauche qui refuse de se parler, imaginer gouverner la France en s’appuyant sur les deux camps, c’est presque illusoire. Pourtant Bayrou a tout de même les moyens de gouverner.

D’abord, l’UDF est capable de présenter des élus dans toutes les circonscriptions et de remporter la majorité à l’Assemblée Nationale. Ce sera difficile mais c’est jouable. Ensuite, les ralliements seront sinon nombreux, du moins importants. Combien de personnalités politiques se rallieront à l’idée d’obtenir un ministère ? En plus, en cas d’échec, Sarkozy et Royal seront laminés. L’UMP comme le PS peuvent très bien voler en éclat et faire place à de nouveaux mouvements prêts à faire alliance avec l’UDF.

Il n’en reste pas moins que voter Bayrou me semble tout aussi difficile que de choisir Royal. Mes atermoiements deviennent compliqués à gérer.