Sarkozy à la manoeuvre. Pour le pire…

On parle beaucoup de politique dans cette élection. Pas des idées et des propositions elles-même mais de lignes, de stratégies, d’électorat. Où est la droite, où est la gauche ? Le centre existe-t-il vraiment ? Contrairement aux deux dernières élections présidentielles, le scrutin se joue moins sur le fond ou un thème fort (chômage, insécurité) que sur la forme et le jeu politique.

Si je continue dans cette veine, je dois remarquer que, politiquement, Sarkozy se retrouve coincé. Au début de la campagne, tout lui souriait. Il sentait bien les choses et voyait venir le printemps comme une marmotte au réveil. Il se la jouait rassembleur, faisant une campagne de second tour dès le premier. Seulement voilà, la montée de Bayrou a tout modifié.

Ce dernier a d’abord piqué des voix à gauche. Il a reçu le soutien des déçus, moins les bobos que la frange intello et diplômée de la gauche. Ceux qui ne sont pas convaincus par Royal dont la légitimité est tout à la fois incontestable (les militants ont voté) et douteuse (c’était pas à elle d’y aller) et qui sont désarçonnés par son discours de gauche, contredisant des prises de positions antérieures qu’on oserait qualifiées de droite… A voir la montée de Bayrou, on se dit qu’il existait la place pour une campagne plus audacieuse, draguant à gauche et au centre. En l’absence d’un projet nouveau, le vote Bayrou est tentant pour mal de gens qui avaient l’habitude de voter socialiste.

Cela dit, au jour d’aujourd’hui comme disent magnifiquement les joueurs de foot, le centriste a fait le plein à gauche. A peu près disons. Il reste quarante jours et il ne va pas convaincre beaucoup plus de monde de ce côté là. On peut même imaginer que certains électeurs de gauche finiront par le lâcher dans l’isoloir. Bref…

En revanche, Bayrou a encore les moyens de s’étendre à sa droite. Les derniers propos de Sarko pour aider Le Pen ont pu choquer une partie, on va dire raisonnable, voir catho, de la droite traditionnelle. Déjà le coup des 500 signatures… Faut vraiment être couillon pour pas sentir la manœuvre politique dans le plaidoyer sarkozyste pour que le gros Breton ait ses signatures. C’est tellement énorme… Et l’autre il est là, à citer Voltaire, la larme à l’oeil. Que Sarko soit un démocrate, ça ne fait aucun doute, mais il est pas obligé de monter au créneau comme ça. Les gestes les plus désintéressées ne sont-ils pas les plus discrets ? Que Sarko pousse la candidature de Le Pen pour des raisons électorales, soit, on a vu la même chose chez Mitterrand, ce qui n’est pas une référence, mais qu’il essaie en plus de le présenter sous le masque de la vertu républicaine. C’est puant.

Quant au ministère de l’immigration et de l’identité nationale… Pourquoi un tel intitulé ? L’idée de Nation en France est noble et généreuse, mais identité nationale ça sonne petit et discriminatoire. Le ministère de “vous avez vos papiers ?” un peu. Un ministère pour quoi faire en plus ? Une politique nouvelle… Mais bordel, ça fait CINQ ans que Sarko traite de cette question, qu’est-ce qu’un nouveau ministère va faire de plus ? Tout cela peut lui coûter des voix assurément.

Il ne faut pas se leurrer non plus. Ca va pas faire lourd. Il n’empêche, ces propos traduisent le trouble du ministre, coincé entre Le Pen et Bayrou. Il tente un coup. Il ne peut plus vraiment aller à gauche et au centre sinon il va se faire grignoter par Le Pen, et il ne faut pas qu’il se droitise outre mesure, sous peine de gonfler les voiles de Bayrou. Une campagne, c’est du pilotage. Ségolène et Nicolas pensaient rouler sur une route toute droite et ils se retrouvent à devoir donner des coups de volant pour éviter le décrochage.