Parmi toutes les promesses de Ségolène Royal, il y en a une qui peut déjà être vérifiée. Alors qu’elle parcourait encore la France à coups de « débats participatifs », la candidate socialiste avait certifié que la campagne présidentielle ne serait pas celle des « attaques personnelles ». Non messieurs dames, cette campagne-ci ferait place au débat, les citoyens allaient pouvoir comparer les projets, on allait s’affronter civilement, « programme contre programme » qu’elle disait. Il fallait juste attendre qu’elle dévoile le sien, à Villepinte, et on allait voir ce qu’on allait voir.
On a vu. Ou plutôt on n’a rien vu: l’absence de débat est devenu l’une des caractéristique de cette campagne. Mis à part l’épisode rasoir des chiffrages (d’ailleurs dénoncé par certains), il n’y a pas eu à ce jour de comparaison globale de programme: chacun s’est évertué à exposer le sien aussi largement que possible et… aux électeurs de faire le tri.
Ils ont intérêt d’être motivés les électeurs. Sur ce sujet encore, les médias traditionnels sont dramatiquement absents. Si Bayrou peut exposer sa vision de l’Europe dans un quotidien, si Sarkozy peut professer ses convictions européennes à la télé, qui les compare ? Est-ce qu’il existe une vision plus fédéraliste que l’autre ? Est-ce que l’un ne jure que par des compromis unanimes tandis que l’autre se satisferait de compromis majoritaires ? Ouhla mystère. Faudrait décoder. Aller au-delà des déclarations d’intentions, sortir les idées maîtresses, les expliquer puis seulement les comparer.
Mais quelle télé a le temps, quel quotidien a la place suffisante pour offrir à ses lecteurs ces clés pour comparer les projets des candidats ? Aucun. Par facilité, par habitude ou par couardise, les médias préfèrent en rester à la surface. à‰videmment, cette incapacité des médias à traiter de sujets complexes n’est pas nouvelle. Mais à chaque fois qu’elle se révèle, les journalistes perdent un peu plus de leur crédibilité, un peu plus de terrain. Les électeurs vont voir ailleurs si par hasard, les explications n’y sont pas.
Pourtant, il ne serait pas si compliqué dans un quotidien d’afficher un résumé des idées concurrentes en regard d’un article sur le projet d’un candidat. Mais le veut-on vraiment ? Ne sommes nous pas si anesthésiés que cela pourrait être perçu comme un appel à la polémique ? Est-ce que Ségolène Royal était sincère lorsqu’elle promettait un débat national « programme contre programme » ? Habituée des médias comme elle l’est, je suis sûr qu’elle était autant persuadée que moi qu’un tel débat n’aurait jamais lieu.