L’Italie est un beau pays. La douceur de son climat, la finesse de ses œuvres d’art, la richesse de son histoire, la gentillesse de ses habitants et… la modernité et le sens des responsabilités de sa gauche.
En France, le tableau est quasi similaire à un détail près. Pourquoi en France, quand François Bayrou tend la main, la gauche regarde ailleurs ? Pourquoi la gauche n’est elle pas capable d’envisager un changement stratégique et historique d’alliance ? Pourquoi cherche-t-elle sans arrêt l’amitié d’une extrême gauche qui ne cesse de lui cracher dessus ? Pourquoi penser qu’en France ce qui se passe en Italie tient de l’hérésie ? Philippe Val dans son dernier bouquin, Les traîtres et les crétins, parle d’une gauche divisée entre les réformistes (les traîtres) et les gauchistes (les crétins). Soyons clairs, cette division, tout le monde la ressent à gauche. Suffit de discuter avec un pote un peu “mélanchoniste” sur les bords. Les tentatives de synthèses du PS, les non-dits sur l’Europe, la candidature improbable de Ségolène Royal sont autant de mouvements d’esquive aux vraies questions. Qu’est ce que la gauche ? Qu’est-ce qu’être de gauche ? Et surtout, comment gouverner à gauche ?
La situation n’est pas reluisante car la gauche divisée n’a tout simplement aucune chance d’accéder au pouvoir à l’heure qu’il est. Une simple addition des intentions de vote au premier tour le démontre assez. Surtout, le respect d’une loi électorale fondamentale (l’élection présidentielle se gagne au centre) oblige à se poser des questions. Elle aura de l’audace Ségolène, de se présenter face aux électeurs de Bayrou au second tour en leur disant “vous êtes les bienvenus”. Tu parles ! Après leur avoir déclaré qu’ils sentaient trop fort le libéralisme pour qu’on puisse discuter avec eux, ils vont aller à elle, le coeur joyeux… Si la gauche crétiniste rejette les chrétiens-démocrates et les sociaux-démocrates de ce pays dans les bras de Sarko, il ne faudra pas qu’elle s’étonne des conséquences. Gauche de cons et opposition n’ont pas fini de rimer et les UMPistes de rigoler.
C’est pas loin d’être grave. On n’est pas obligé de croire à ce mythe d’un gouvernement d’union nationale. On n’est pas obligé non plus d’accueillir à bras ouverts l’ancien ministre de Balladur, comme un vieux membre de la famille. Mais s’il existe une chance de préserver une alliance ou un dialogue entre le centre et la gauche des traitres, c’est peut-être pas mal. Parce que cette perspective a sans doute de l’avenir.
Fatiguée d’être tirée dans le fossé par des courants politiques d’extrême gauche qui ne veulent pas du pouvoir, usée d’être sans cesse terrorisée par l’ombre de ses faux-amis, la gauche des traitres finira peut-être un jour par assumer ce qu’elle est : un courant de gouvernement qui aspire au pouvoir et qui cherche les moyens d’y parvenir. Y compris en dialoguant avec le centre.
La sortie du coma centriste est une chance pour la gauche de gouvernement, la seule qui souhaite voir les choses changer dans une France qui est à deux doigts de se donner à Sarkozy.