Nous sommes mi-février et les plans de campagnes se dessinent plus nettement. Ainsi Sarko a opté pour une posture de rassembleur, style Chirac 95. Il se la joue gaulo-social et penche - oh très légèrement - à gauche. C’est assez logique mais dangereux quand même. En effet, un candidat qui se voit déjà au second tour - c’est manifestement son cas, bien qu’il ait déclaré se voir plutôt comme un challenger que comme un favori (c’est risible !) - ce candidat donc, en agissant comme s’il avait déjà franchi l’obstacle du premier tour, peut avoir une réelle longueur d’avance. En effet, en adaptant très tôt son programme pour convaincre au-delà de son camp, il s’évite les accusations toujours faciles de faire de la récup’ électorale avant le deuxième tour. Toutefois, ce genre de comportement peut s’avérer dangereux. Un peu comme Jospin en 2002, son “j’ai changé” fait écho au “mon programme n’est pas socialiste” de l’ancien Premier ministre. Ce type de combine peut toujours troubler votre électorat.
Pourtant, grosso modo, Sarko semble à l’abri de ce genre de mésaventure. D’abord parce que les électeurs UMP sont fidèles en général et parce que sa stratégie du faux-changement nuit à ses rivaux principaux au premier tour : Le Pen et Bayrou. Ces deux là ne peuvent plus se prévaloir d’être les seuls à parler aux Français dans leur ensemble. Et puis aussi, il tranche avec Ségolène Royal, qui de son côté, a décidé de ne s’adresser qu’au peuple de gauche.
En effet, Ségolène a choisi aussi de pencher à gauche. Elle a clarifié sa position : programme de gauche, coup bas sur Bayrou… Pour ce dernier thème, c’est Hollande qui s’en charge, en estimant que le 3e homme c’est forcément Le Pen. Il a sans doute raison, mais quand même. C’est pas à proprement parler une main tendue aux centristes.
Bref, pour ceux qui en doutaient, Royal roule à gauche. C’est logique mais assez petit bras. Car si elle s’assure du même coup d’une présence au second tour en ralliant plus efficacement son bon peuple, elle compromet aussi ses chances de remporter la victoire finale. Elle patine un peu dans une impasse en ce moment Ségo. Faut bien voir que la gauche à l’heure où vous me lisez totalise 40% à peine des voix au premier tour (addition des intentions de vote de Royal, Bové, Besancenot, Laguillier…). La perspective d’une victoire avec un programme de gauche porté par le bon peuple de gauche n’a rien d’évident pour le moment. Le paradoxe est étonnant. Jamais les deux candidats principaux n’ont été aussi à gauche et jamais celle-ci n’a eu aussi peu de chance de parvenir au pouvoir.
Pour être élue, Ségolène Royal doit essentiellement récupérer les voix du centre, tout en faisant à peu près le plein dans son camp. Vu la direction qu’elle a prise et l’état d’esprit de l’extrême-gauche, c’est pas gagné, même si elle peut toujours compter sur l’effet produit par l’épouvantail Sarko sur les électeurs de Besancenot, Laguiller et compagnie.