A quel jeu joue François Bayrou ? Qu’il songe à sa carrière, cela ne fait aucun doute. Il est l’un des rares ténors de la droite à avoir refusé l’embrigadement au sein de l’UMP, préssentant qu’il allait sans doute y perdre sa liberté d’action. Mais François Bayrou fait peut-être mieux que cela. L’hypothèse selon laquelle il dessine un nouveau paysage politique en ressucitant un vrai centre, beaucoup s’évertue à ne pas vouloir la prendre en compte. Et pourtant… S’il ne cherche pas uniquement à assouvir son ambition, il pourrait bien réussir dans sa démarche grâce aussi à des circonstances favorables.
Car le centre a une vieille histoire en France, qui date de la Révolution avec “la Plaine” de la Convention, opposée aux Montagnards et aux Royalistes. Depuis cette époque ou presque, et pendant longtemps, le centre a été considéré comme appartenant à la droite. Souvent avec raison, dans la mesure où la démocratie-chrétienne à la française, l’un des piliers du centre, ne voulait rien avoir à faire avec les théories marxistes du socialisme français. Valéry Giscard d’Estaing a accentué le phénomène en ancrant encore d’avantage le “faux centrisme” à droite, pour gouverner plus facilement. C’est ainsi que l’UDF est né en 1978. L’alliance entre le RPR et l’UDF est devenu une constante de la vie politique française de cette époque. Après trente ans et plus, puisque le centrisme s’effrite depuis la Libération, les citoyens pouvaient donc conclure que Centre = Droite.
François Bayrou est peut-être en train de bousculer tout ça. Imaginez une UMP plus à droite. Nous y sommes presque d’ailleurs car Sarkozy peut bien s’adresser au peuple de gauche, tout le monde sent bien qu’il a réveillé la fierté de la droite et qu’il revendique une politique droitière. Imaginez maintenant, un PS encore plus divisé entre réformistes-modernistes et une opposition interne plus nettement anti-libérale. L’un tirant à droite, l’autre divisé sur sa gauche, un espace se libère au centre. Les alliances peuvent se nouer plus librement. Un peu comme en Italie, avec l’Olivier, la fédération gouvernementale de Romano Prodi qui rassemble les démocrates-chrétiens et la gauche réformiste.
La comparaison est relative mais Bayrou pourrait bien rescusiter le vieux parti radical d’Edouard Herriot. Entre 1900 et 1940, ce parti “centriste” était l’alpha et l’omega du gouvernement de la France. Il était incontournable au point de participer et de diriger nombre de cabinets de la IIIe République. Il pouvait tout aussi bien mener le Cartel des gauches qu’enterrer le Front Populaire, il militait à gauche mais gouvernait à droite.
Pour le moment Bayrou n’en est pas là. Il songe sans doute plus à 2012 qu’à 2007, et il ne serait pas le seul. Mais son positionnement ces dernières années peut sensiblement recomposer le paysage politique. A la triple condition évidement, qu’il ne se fasse pas laminer au 1er tour, que ces partisans ne filent pas tous sous la bannière de Sarko dans l’espoir de récupérer une Safrane officielle et le joli ministère qui va avec, et enfin que la gauche, en se réformant ou en se divisant, lui tende la main.