Renaud Van Ruymbeke n’est pas étonné, dans Le Monde, d’être à nouveau renvoyé devant le Conseil supérieur de la magistrature. Selon lui, il s’agit de la « quatrième attaque » du pouvoir contre lui, elle viendrait cette fois de Nicolas Sarkozy. Van Ruymbeke a la peau dure mais il commence à en avoir marre. Mais surtout, ce sont les dégts collatéraux qui le préoccupe :
« Les juges financiers sont beaucoup discrédités maintenant. Les politiques n’ont pas digéré ce qui s’est passé il y a une quinzaine d’années. La corruption internationale se porte bien. On ne parle pas du tout de ces questions dans le débat politique. C’est la fin des affaires financières. »
Circulez, il n’y a rien à voir. Et de toutes façons, ce qui intéressent les Français, c’est le chômage, l’emploi. Van Ruymbeke suit pourtant la trace de 500 millions de dollars de commissions ! C’est quoi 500 millions ? Une dizaine de lycées, une portion d’autoroute, un tiers du budget des pôles de compétitivité… Combien d’emplois pourraient être créés avec 500 millions de dollars ? Est-ce que ça ne vaut pas la peine qu’un juge s’y intéresse ?
Apparemment non. Pointé du doigt, Nicolas Sarkozy se garde bien de répondre, ou même d’évoquer les dangers que la corruption d’Etat peut faire courir à la démocratie. Le candidat de la droite n’est pas à l’aise dans ce genre de débats : difficile de traiter de « racailles » une partie de ceux qui le soutiennent. Et puis il faut des preuves, des faits. Sorti vainqueur de la ténébreuse affaire Clearstream, il préfère régler ses comptes via juges interposés au lieu de laisser la justice faire son travail. A la manÅ“uvre de l’appareil d’état, Sarkozy est bien plus à l’aise, comme le démontrent les récentes révélations sur le zèle des Renseignements généraux à l’informer sur l’entourage de sa rivale.
On voit mal dans ces conditions comment la situation pourrait s’améliorer. Il n’y a déjà plus de journalistes suffisamment indépendants pour enquêter sur les affaires financières et il n’y aura bientôt même plus de juges. Quant à celui qui flingue le magistrat, il va devenir président de la République.