Il y a de quoi se réjouir de voir José Bové porter sa candidature à l’élection présidentielle. C’est la preuve vivante que la transformation politique de l’altermondialisme est en marche. Le succès de ce courant de pensée, depuis la fin des années 1990, est stupéfiant. Il suffit de considérer à quel point l’adjectif de libéral et ses dérivés (ultralibéral, néolibéral) ont remplacé le terme de fasciste dans le panthéon de l’insulte politique.
Bref, Bové incarne donc l’altermondialisme dans cette élection. A tout prendre, il vaut mieux que ce soit lui, dont la légitimité est moins discutable, que tout autre. Il évite de voir ses idées récupérées et transformées par un leader de l’extrême gauche qui verrait là une occasion d’augmenter son score. On peut s’en réjouir car il aurait été malheureux que les thèmes de l’altermondialisme ne soient pas défendus lors de la principale échéance démocratique dans notre pays. Bové donne surtout aux idées alters une réalité politique. Le choix stratégique de l’altermondialisme – c’est celui d’Attac par exemple – de rester un contre-pouvoir sans s’engager dans le processus politique et démocratique me semble, par bien des aspects, critiquable.
Or Bové incarne la volonté de voir un jour les idées altermondialistes se traduire par des mesures politiques concrètes. Il ose se présenter face aux citoyens dont il réclame les suffrages. C’est la base de la politique et l’altermondialisme n’a pas à s’y soustraire. Au fond, la démocratie est bien plus présente dans un bureau de vote que lors d’un forum social. Bové a le mérite de l’avoir compris.