Dans « Le Figaro » d’aujourd’hui, on apprend que les Fabiusiens tentent de persuader Ségolène Royal de muscler son discours à gauche. Il faut dire que l’ambiance est morose au QG du PS où deux sondages viennent de montrer coup sur coup que les classes populaires s’éloignent de la gauche pour l’un et que les enseignants préfèrent François Bayrou à Ségolène pour l’autre.
Alors tel Mauroy qui rappelait à Jospin qu’ « ouvrier » n’est pas un gros mot, Laurent Fabius s’est paré du bleu de chauffe pour aller tancer Royal sur sa gauche.
Mais au fait, qu’est-ce qu’être de gauche ?
Car c’est bien là qu’est le débat, le véritable enjeu tapi sous cette question anodine. Qu’est-ce qu’être de gauche dans un monde de droite, dans un pays fer de lance de l’économie mondialisée et où le champion de la droite cite Jaurès ? Et je ne compte plus les discussions animées avec les amis, de plus en plus nombreux à soutenir que « droite et gauche, c’est la même chose. »
Les socialistes feraient bien de se poser la question plutôt que continuer à l’éviter en surfant sur l’ignorance et les non-dits. Ils doivent dès à présent parler de valeurs de gauche, d’ambitions de gauche et de réformes de gauche. C’est tout de même incroyable que sur les ondes, on entende jamais ces mots. Que faire pour la sécurité sociale quand on est de gauche ? Qu’est-ce qu’une politique sur la sécurité des biens et des personnes de gauche ? Est-ce que ça existe au moins ? On peut en douter quand les ténors du PS préfèrent parler de « valeurs républicaines », en gardant l’espoir que tout le monde veut bien adhérer aux valeurs républicaines…
Mais contrairement à ce que pense l’état-major du PS, la gauche ne fait pas peur aux Français, en tout cas certainement pas plus que la droite et assurément moins que la droite de Sarkozy. D’ailleurs, les socialistes feraient bien de se rendre compte que les valeurs républicaines sont des valeurs de gauche. Il faut juste les assumer, les défendre, les porter. Puis les soumettre aux citoyens. Faire de la politique.