Cette fois, c’est la GUERRE. France3 vient d’envoyer une lettre comminatoire à Rue89, le site indépendant ayant eu l’outrecuidance de diffuser des rushes de Nicolas Sarkozy avant le début de son interview sur l’antenne.
Dans la lettre, envoyée par avocat interposée, on peut lire que France3 :
- demande que l’accès à ces rushes soit interrompu,
- s’assure que toute reprise de cette vidéo soit rendu impossible,
- et, alors là c’est le pompon, d’indiquer comment le reporter de Rue89, Augustin Scalbert, a obtenu cette vidéo…
Tout cela est assez triste. Triste parce qu’un média qui fait relativement bien son travail, France3, s’attaque à un autre média dans le seul but de défendre ce qui lui reste de dignité face à un président de la République qui se complait à allumer des feux dans chaque coin du pays… Comme l’écrit Arrêt sur Images, France3 est sous pression en ce moment, notamment à cause de la réforme-découpe à la hache de l’audiovisuel public, voulue par Sarko et ses mousquetaires. Patrick de Carolis est d’ailleurs sorti de sa réserve habituelle sur RTL en trouvant « stupide et ridicule » les propos de Sarko lorsqu’il ne voit pas de différence entre le service public et le privé.
Mais la chaîne aurait été mieux inspirée de laisser glisser l’affaire… Quoi ? Sarkozy chambre Gérard Leclerc sur sa mise au placard ? La belle affaire… La vidéo aurait amusé les anti-Sarko un moment et puis s’en vont… Mais avec cette attaque, une triste façon de monter au créneau pour donner des gages à Sarko, la chaîne ne se grandit pas, d’autant qu’elle est mal placée pour reprocher à un média d’avoir fait son travail… et je passe sur l’exigence faite à Augustin Scalbert de révéler ses sources. Elle est déjà irrecevable de la part d’un policier ou d’un magistrat, alors d’un collègue énervé…
Même Libération ce matin s’irritait du succès de cette vidéo et a tenté, dans un article suintant de mauvaise foi, d’en limiter la portée. Non vraiment, tout cela est très triste. Les médias français devraient plutôt commencer à faire bloc, non pas contre Sarkozy, mais contre ces réformes destructrices pour la pluralité de l’information en France plutôt que de se tirer dans les pattes pour se faire bien voir du patron…
